Avec l’argent du prix que l’on attribue à mon livre, je vais pouvoir construire en lieu et place de la cuisine désuète, pauvre et foutue, quelque chose de fréquentable où préparer de la nourriture de même que j’avais employé la somme donnée il y a vingt ans pour mes pièces de théâtre à faire une salle de bains, mais je me demande si une meilleure option ne serait pas de tâter le maire d’Agrabuey afin qu’il remette en marche les cloches de l’église tout en m’avertissant, quelque peu inquiet, que celles-ci, deux spécimens de grosse fonte, une fois ramenées à la musique, balanceront juste au-dessus de mon toit, de ma tête, de mon lit.
Quoi?
Quel égoïsme? Auquel voudraient nous faire croire les mauvais coucheurs, les naïfs et les intéressés? D’égoïsme il n’est pas question dès lors que la personne travaillant, pensant, vivant accepte le schéma de règles mobile que sa société impose par la puissance, parfois l’accord. L’égoïsme vrai est de considérer ses désirs pour les réaliser exclusivement, hors toutes règles générales — forme bénigne de la criminalité: une société n’est jamais égoïste, elle est société.
Acta
Ce que l’on ne peut savoir, et démontrer encore moins, quoiqu’on le sente, c’est qu’il y a peu de relation entre ce que l’on pense et ce que l’on fait, la volonté désignant ce moment ésotérique de la relation entre l’un et l’autre; aussi doit-on se demander, avec inquiétude eu égard à notre régime historique, comment il se fait que nos religions morales aient été, toutes, construites sur la conviction que le vouloir est le vecteur de notre réalité d’expansion.
Aveugle
Hier, sur les dix-huit kilomètres qui sépare la station des bus du village d’Agrabuey, pas un véhicule, ni dans un sens ni dans l’autre. Naïvement je songeais: pour peu que personne en m’ait vu venir, je pourrais après installation effacer ma trace (ayant bénéficié du même avantage de circulation, les voisins n’y verraient rien à redire).
Extra…
-terrestres, dont l’arrivée était annoncée par le scintillement d’étoiles filantes. Dans le jardin contigu, deux figures translucides, tombées du ciel, qui bientôt se remplissent d’un liquide blond, puis se matérialisent, entrent en mouvement, me font signe.
-Vous venez avec nous, bien sûr?
-Je peux même proposer de vous conduire.
-Inutile, nous avons commandé sept voitures chez Aldi.
Cela, dit sur un ton affable. Toujours bienveillants, les Aliens expliquent ce qu’ils vont faire, “tout changer sur cette planète”. Ils portent un nom que je répète encore et encore dans mon rêve, de façon à en vérifier au réveil la définition dans l’Encyclopédie universelle, lorsque je devine la présence dans les fourrés d’une troupe policière prête à l’attaque. Les Aliens m’écartent et dans le plus grand calme effacent les envahisseurs. Sorti du rêve, je me répète le nom de ces créatures, persuadé qu’il s’agit d’un signe prophétique, ce que me confirmerait l’Encyclopédie universelle, mais ce nom en rencontre un autre, puis un troisième et au réveil, je ne sais plus rien.