A nouveau dans ce pays, la Suisse, peut-être le mien, ce soir, me sont dépêchés des uniformes car je fais un feu sur le balcon. L’ami des règles (pour moi non-comprises, on ne m’a pas expliqué et il y a, entreposées dans la location, des bûches et un brasero) qui frappe à la porte de l’appartement pour se plaindre, proteste contre les nuages de fumée. Pour faire bonne mesure, il se produit devant moi, à la porte, avec dans les bras un bébé né hier, taille d’asperge. Un asiatique comme l’est le policier de patrouille qui me morigène quelques minutes plus tard, relevant pour alimenter la main courante du poste de montagne l’identité de Gala. La délation: virus plus fort que toute fabrication de laboratoire.
Pente
Vérifier dans le miroir ce que l’on devient, informe et laid, provoque un double mouvement de dégoût et d’ascèce, mais le plus immédiat demeure la satisfaction d’accepter, par principe, que la nature grave la peau et corrompe visuellement les organes, toute autre réaction témoignant de l’insécurité de l’être, lequel se doit — je pense — de s’arroger un destin supérieur aux contingences.
Vampirique
Attaqué par un vampire cette nuit. Il porte un deux-pièces de velours élimé, chausse sur un nez malade des lunettes de star. J’avais pourtant prévenu son avancée. Debout à l’entrée de la rue qui se réveille avec le petit jour, je guettais chaque mouvement. De l’immeuble voisin sortent deux soeurs voilées, profil bas. De retour à mon affaire, je surveille chaque passant. Soudain il est là. Approche. Est à portée. Mais à l’instant du plus grand danger, il pénètre dans l’épicerie de l’autre côté de la rue. Je tends la tête, jette un oeil à l’offre de poudre de lessive en actions: autant de sachets punaisés sur un panneau de bois. Il me mord la cuisse. La brûlure me fait bondir. Gala tombe du lit.
Mouvement 13
Penché sur mon texte dès onze heures, j’écris jusque dans la moitié de l’après-midi. Lorsque je termine un raisonnement ou un paragraphe, je sors me dégourdir et pour ce je m’allonge côté cuisine, coule un verre d’eau, gobe une de ces vitamines “pour femmes” achetées en drugstore à Manhattan, puis me replonge dans l’écriture de Naypyiday, l’ordinateur monté sur un carton de Lowenbräu, un autre carton dressé, après avoir été annoté des remarques clefs pour la conduite du texte, devant mes yeux. En fin de séance, laissant la chambre d’amis, je me vêts et sors gesticuler devant le sanatorium où je rencontre habituellement les Syriens, Jordaniens et Chinois, occupés dans l’ordre à leur musculation, volleyball et badminton. Début de soirée, vient l’heure des combats UFC et de l’énervement tranquille, exaspéré non pas d’être dans ce coûteux cantonnement avec vue sur le pic Chamossaire, mais d’entendre pérorer d’importance sur l’écran d’Etat les politiques des cinq ou six continents quant à notre parage, notre liberté, notre destin, notre imprudence.