Formidable désarroi. Jamais je n’eus imaginé me trouver dans cet état par le seul effet des nouvelles sociales et politiques. L’heure n’est plus au divertissement heureux de l’esprit. J’envisage d’arrêter ces notes. C’est à peine si j’ose dire ce que je viens d’apprendre. Mieux vaut le taire. Le remâcher. Coaliser les forces. Autour de moi, au village d’Agrabuey, on me rétorque “ça va aller”. De deux choses l’une, où je suis fou, ou ils sont fous, c’est à dire si bien adaptés à la pente sur laquelle on les pousse qu’ils ignorent qu’elle finit à l’abîme.
Agrabuey
Journées loin du monde. Désormais, je me lève après midi, je bois du café, j’écris six heures de suite. Le temps d’un entraînement au jardin, les voisins finissent leur sieste, s’installent dans la rue, l’apéritif commence. La nuit, prise de notes, bière, images. L’appel en Suisse aussi, à Monfrère, à Mamère: là-bas comme ici le peuple au comble de sa débilité cède du terrain. J’attends lundi. Déjà la remise du prix à la Fondation Bodmer est annulée, avec les règles nouvelles d’interdiction des spectacles la dette de notre entreprise se creuse, les salaires ne sont pas payés et je ne sais rien de Gala. Lundi, je prendrai ma décision. Le pire, j’en suis persuadé, est de chercher à rattraper le passé. De l’avant, toujours.