Zweig-Le monde d’hier-2020–2

“Cette désin­di­vid­u­a­tion sys­té­ma­tique à quoi tra­vail­lait l’hitlérisme, pré­parait admirable­ment l’Alle­magne à la guerre. Et c’est par là surtout, me sem­ble-t-il, que l’hitlérisme s’op­pose au chris­tian­isme, cette incom­pa­ra­ble école d’in­di­vid­u­a­tion, où cha­cun est plus pré­cieux que tous. Nier la valeur indi­vidu­elle, de sorte que cha­cun, fon­du dans la masse et faisant nom­bre, soit indéfin­i­ment rem­plaçable; que si, Friedrich ou Wolf­gang se fait tuer, Her­mann ou Lud­wig fer­ont aus­si bien l’af­faire, et que de la perte de tel ou tel, il n’y a pas lieu de beau­coup s’af­fliger.”, André Gide, Jour­nal, 1944.

Zweig-Le monde d’hier-2020

For­mi­da­ble désar­roi. Jamais je n’eus imag­iné me trou­ver dans cet état par le seul effet des nou­velles sociales et poli­tiques.  L’heure n’est plus au diver­tisse­ment heureux de l’e­sprit. J’en­vis­age d’ar­rêter ces notes. C’est à peine si j’ose dire ce que je viens d’ap­pren­dre. Mieux vaut le taire. Le remâch­er. Coalis­er les forces. Autour de moi, au vil­lage d’A­grabuey, on me rétorque “ça va aller”. De deux choses l’une, où je suis fou, ou ils sont fous, c’est à dire si bien adap­tés à la pente sur laque­lle on les pousse qu’ils ignorent qu’elle finit à l’abîme.

Terreau natal

Inscrit dans le paysage comme un arbre.

Morale de l’histoire

Four­bis­sez vos armes!

Hollywood

- Messieurs, tournons des films intel­li­gents pour les gens bêtes et des films bêtes pour les gens intel­li­gents. Action!

NRF-1990

Ces dernières nuits, lec­ture en pas­sant, avant que d’étein­dre, de la revue de la NRF à laque­lle j’é­tais abon­né l’an­née de mes vingt ans. Il y aurait à dire. Pas que du mau­vais. Mais il y a Hen­ri Thomas. Honte de ce qu’il écrit, et même pitié. Pitié pour la littérature.

Projet

Vagabond celui qui nie sa posi­tion, a le courage de tout don­ner et accepte de ne rien recevoir.

Conquête

“Félic­ité, calme, auprès d’amis par­faits”. André Gide, Jour­nal, 1940.

Agrabuey

Journées loin du monde. Désor­mais, je me lève après midi, je bois du café, j’écris six heures de suite. Le temps d’un entraîne­ment au jardin, les voisins finis­sent leur sieste, s’in­stal­lent dans la rue, l’apéri­tif com­mence. La nuit, prise de notes, bière, images. L’ap­pel en Suisse aus­si, à Mon­frère, à Mamère: là-bas comme ici le peu­ple au comble de sa débil­ité cède du ter­rain. J’at­tends lun­di. Déjà la remise du prix à la Fon­da­tion Bod­mer est annulée, avec les règles nou­velles d’in­ter­dic­tion des spec­ta­cles la dette de notre entre­prise se creuse, les salaires ne sont pas payés et je ne sais rien de Gala. Lun­di, je prendrai ma déci­sion. Le pire, j’en suis per­suadé, est de chercher à rat­trap­er le passé. De l’a­vant, toujours. 

Cynisme

Le pre­mier min­istre de Thaï­lande Prayut sur les man­i­fes­ta­tions anti-gou­verne­ment de ces derniers jours: “man­i­fester coûte cher, nous cher­chons à savoir qui paie!”.