Groupes de rock, les pauvres. Je pense à eux. Cette voie sacrificielle. D’abord, les multinationales ont détruit le support disque, puis elles ont capté leurs titres pour les intégrer sur des plateformes d’abonnés. Pour continuer de payer les traites, les groupes ont multiplié les concerts. Tournées, partout, tout le temps. Voici l’urgence sanitaire, fermeture des scènes. “Venez-nous voir sur internet, clament les multinationales, nous avons des espaces à vous louer!”.
Routine
Travail suivi, volontaire, afin de mettre au propre le manuscrit du roman d’anticipation. Ne sachant pas taper sur un clavier, la nuque est baissée, bientôt douloureuse Fini à l’instant. Il neige, il fait nuit. Il fait froid, il pleut. L’autre nuit, il a fait des éclairs. Juste avant la mise au noir, je suis sorti marcher le long de la rivière avec mon bâton. Il faut aspirer un peu d’air. Au garage municipal, j’ai 106 litres de bière en réserve. Evola, Monfère et Monami arrivent à Agrabuey mardi. Hier, Jésus le charpentier a déposé 60 m² de planches de bois pour recouvrir l’entier des plafonds du bas. Toute la maison sent la résine. Problème, il sciera à partir de 9h30 le matin. Et encore, il a fallut négocier. Par ailleurs, mon système de piratage est tombé en rade; j’en suis réduit à regarder des films d’horreur; moins effrayant que notre situation, notre humiliation, notre réduction.
Donne 2
Maître des statistiques, le gouvernement (tous les gouvernements) décrète la loi et enferme les corps. Pendant ce temps, il balaie l’ancien monde, installe son décor totalitaire. Lorsque l’on nous laissera ressortir, nous ne reconnaîtrons rien. Les plus enragés s’efforceront de cultiver les dernières traces, en eux, d’un occident de savoir-vivre et de raison.
L’Autrichien
Le diabolique Klaus Schwab qui vient de déplacer son Forum Economique Mondial de Davos à Singapour après avoir promu pendant trente ans du haut de nos montagnes, protégé par l’armée de milice et les vendeurs de coucous grisons, l’idéologie nihiliste, met à l’honneur dans son fief renouvelé Xi Jinping.
Ecriture
Fini cet après-midi le roman d’anticipation. Très peu anticipateur. Le temps qu’il soit publié, il sera dépassé. Dix jours d’un travail d’écriture intense et tranquille. Ces derniers jours, au jardin, au soleil, les pieds dans la neige. Un peu halluciné tout de même: dernière phrase et date griffonnés dans le quatrième cahier, je sors de la maison les lunettes de vue remontées sur le front. Le voisin guide et sa femme sont dans la rue, et leur enfant, dans le landau. Je me frotte les yeux. “Alejandro, tu dormais?”. Que non, j’écrivais. Depuis le réveil. La femme, “tu es sûr?”. Ce qui dit assez ma tête. Le décor mental était si solide (une avenue, des immeubles blancs, deux carrefours, une garderie d’enfants expérimentale), que je peine à rejoindre le réel. Comme pour le café, celui que je coule chaque matin en nourrissant d’eau et de grain la machine. Quand je réfléchis à la quantité d’eau utile pour six tasses, je me trompe, j’en mets trop ou trop peu. Lorsque je suis chloroformé, perdu, ensommeillé, je place le pot de verre sous le robinet, l’ouvre et le ferme sans y penser, le compte est bon. Pour le texte, quelques deux cent pages manuscrites, même phénomène: pas réfléchi. Fait que décrire ce que je voyais. Et maintenant? Dans cette société qu’écrase l’Etat? Il faut s’en aller. Mais où? Voilà le problème: il n’y a plus nulle part. Les espaces sont détruits, les corps enfermés. Avant privatisation.