Etoiles filantes

Groupes de rock, les pau­vres. Je pense à eux. Cette voie sac­ri­fi­cielle. D’abord, les multi­na­tionales ont détru­it le sup­port disque, puis elles ont cap­té leurs titres pour les inté­gr­er sur des plate­formes d’abon­nés. Pour con­tin­uer de pay­er les traites, les groupes ont mul­ti­plié les con­certs. Tournées, partout, tout le temps. Voici l’ur­gence san­i­taire, fer­me­ture des scènes. “Venez-nous voir sur inter­net, cla­ment les multi­na­tionales, nous avons des espaces à vous louer!”. 

Routine

Tra­vail suivi, volon­taire, afin de met­tre au pro­pre le man­u­scrit du roman d’an­tic­i­pa­tion. Ne sachant pas taper sur un clavier, la nuque est bais­sée, bien­tôt douloureuse  Fini à l’in­stant. Il neige, il fait nuit. Il fait froid, il pleut. L’autre nuit, il a fait des éclairs. Juste avant la mise au noir, je suis sor­ti marcher le long de la riv­ière avec mon bâton. Il faut aspir­er un peu d’air. Au garage munic­i­pal, j’ai 106 litres de bière en réserve. Evola, Mon­fère et Mon­a­mi arrivent à Agrabuey mar­di. Hier, Jésus le char­p­en­tier a déposé 60 m² de planch­es de bois pour recou­vrir l’en­tier des pla­fonds du bas. Toute la mai­son sent la résine. Prob­lème, il sci­era à par­tir de 9h30 le matin. Et encore, il a fal­lut négoci­er. Par ailleurs, mon sys­tème de piratage est tombé en rade; j’en suis réduit à regarder des films d’hor­reur; moins effrayant que notre sit­u­a­tion, notre humil­i­a­tion, notre réduction.

Suisse

 Un pays qui rem­place la moitié de sa pop­u­la­tion en vingt ans ne devrait avoir ni nom ni drapeau.

Donne 2

Maître des sta­tis­tiques, le gou­verne­ment (tous les gou­verne­ments) décrète la loi et enferme les corps. Pen­dant ce temps, il bal­aie l’an­cien monde, installe son décor total­i­taire. Lorsque l’on nous lais­sera ressor­tir, nous ne recon­naîtrons rien. Les plus enragés s’ef­forceront de cul­tiv­er les dernières traces, en eux, d’un occi­dent de savoir-vivre et de raison. 

Donne

Le gou­verne­ment m’in­ter­dit de tra­vailler et m’an­nonce qu’il va me pay­er. C’est bien cela le com­mu­nisme, non?

Collaborez! 2

Cela dit. Qui est facile à dire. Que faire? Ayant d’emblée liq­uidé cette peur de fab­rique, je ne fais pas mieux. Partout mon­tent les murs. Et l’escalade n’est pas un art inné.

Collaborez!

Ayez peur de tout! Ne vous relâchez pas! Soutenez active­ment votre sen­ti­ment de peur! Par­ticipez à la liq­ui­da­tion de la vie par la peur!

L’Autrichien

Le dia­bolique Klaus Schwab qui vient de déplac­er son Forum Economique Mon­di­al de Davos à Sin­gapour après avoir pro­mu pen­dant trente ans du haut de nos mon­tagnes, pro­tégé par l’ar­mée de mil­ice et les vendeurs de coucous grisons, l’idéolo­gie nihiliste, met à l’hon­neur dans son fief renou­velé Xi Jinping.

S.D.

Sit­u­a­tion dramatique. 

Ecriture

Fini cet après-midi le roman d’an­tic­i­pa­tion. Très peu antic­i­pa­teur. Le temps qu’il soit pub­lié, il sera dépassé. Dix jours d’un tra­vail d’écri­t­ure intense et tran­quille. Ces derniers jours, au jardin, au soleil, les pieds dans la neige. Un peu hal­lu­ciné tout de même: dernière phrase et date grif­fon­nés dans le qua­trième cahi­er, je sors de la mai­son les lunettes de vue remon­tées sur le front. Le voisin guide et sa femme sont dans la rue, et leur enfant, dans le lan­dau. Je me frotte les yeux. “Ale­jan­dro, tu dor­mais?”. Que non, j’écrivais. Depuis le réveil. La femme, “tu es sûr?”. Ce qui dit assez ma tête.  Le décor men­tal était si solide (une avenue, des immeubles blancs, deux car­refours, une garderie d’en­fants expéri­men­tale), que je peine à rejoin­dre le réel. Comme pour le café, celui que je coule chaque matin en nour­ris­sant d’eau et de grain la machine. Quand je réfléchis à la quan­tité d’eau utile pour six tass­es, je me trompe, j’en mets trop ou trop peu. Lorsque je suis chlo­ro­for­mé, per­du, ensom­meil­lé, je place le pot de verre sous le robi­net, l’ou­vre et le ferme sans y penser, le compte est bon. Pour le texte, quelques deux cent pages man­u­scrites, même phénomène: pas réfléchi. Fait que décrire ce que je voy­ais. Et main­tenant? Dans cette société qu’écrase l’E­tat? Il faut s’en aller. Mais où? Voilà le prob­lème: il n’y a plus nulle part. Les espaces sont détru­its, les corps enfer­més. Avant privatisation.