Culte

 Auteurs dont on achète les livres mais que l’on ne lit pas.

Gastronomie

Drôle de pays que l’Es­pagne — un voisin de soix­ante-dix-huit ans, autre­fois pro­fesseur d’é­cole, me dit sur le ton de la con­fi­dence: “sais-tu com­ment faire de la limon­ade? Je vais t’ex­pli­quer… Voilà ce que j’ai décou­vert. Tu vers­es deux cuil­lérées de sucre au fond d’un verre puis tu press­es le jus d’un cit­ron. En dernier seule­ment, tu ajoutes l’eau. Cela change tout! Le jus sur le sucre, pour qu’il fonde, puis l’eau… Un délice! Atten­tion, ça ne marche que comme ça! Il ne peut exis­ter de meilleure recette!”. Un autre à le pro­pos plus impres­sion­nant. Au sujet de la cuisinière de notre bar (que je n’ai jamais vue cuisin­er), il me dit: “elle fait les meilleurs œufs au plat que j’aie jamais mangés!”

An 2 (XIV)

 Pre­mier prix de la meilleure manip­u­la­tion: l’épidémie.

Boutade

De Musil, cité par Calaferte: “Les Juifs ont de tels dons lit­téraires que si l’un d’eux n’en a aucun, ils le pren­nent aus­sitôt pour un génie.”

Futur simple

Lorsque sera venu le temps de ne plus s’in­téress­er à rein, je m’in­téresserai aux oiseaux.

Communisme

Que Dieu comme tout le monde gagne chaque jour le pain à la sueur de son front.

Axes

Sauf pour de rares indi­vidus, faire con­fi­ance est un acte néces­saire. Inter­vient alors cette dif­fi­culté majeure dans une société dis­solue où ne pré­vaut plus une seule valeur, la recherche du critère de la con­fi­ance. Introu­vable, cha­cun fait un pari. Ain­si va la société, telle une spécu­la­tion sur la ligne du temps. 

Notes

Je lisais hier les Papiers col­lés de Georges Per­ros — qui m’in­téres­saient, ne m’in­téressent plus, hor­reur des pos­es, plus encore des jeux de mots. Ceci cepen­dant qui est proche de mon sen­ti­ment: “ce n’est pas mourir que l’on veut, mais disparaître”.

An 2 (XIII)

Comme d’être per­du dans l’e­space alors que des affreux manip­u­lent les lois de la physique.

“Puertos”

Quit­ter le vil­lage à midi par le col du Saint-Graal. Je vais devant, A. est dans ma roue. Tou­jours ce dilemme : faut-il rouler avant de mon­ter à vélo, con­crète­ment don­ner des tours au disque de fonte du vélo sta­tique pour chauf­fer les jambes? Car la pre­mière pente est bru­tale. Ce matin, nous avons tranché, j’ai tardé, j’a­chetais chez l’épici­er ambu­lant (il gare son éven­taire sur la place les mer­cre­dis) de la laitue, de l’oignon et le reste de mon quo­ta habituel de légumes, il se fait tard, nous par­tons à froid. Et mon­tons à bonne allure trois cols. 10 km/h et même douze, treize, qua­torze. Les val­lées comme les som­mets sont entière­ment nôtres. Le soleil brille, le ciel s’ou­vre, les hêtraies tein­tent de vio­let les ver­sants des mon­tagnes. Je n’en finis pas de m’é­ton­ner: la région est peu peu­plée, mais depuis un an, elle est tout sim­ple­ment ren­due à elle-même. Par­fois un paysan passe au volant de son util­i­taire. Une fois l’heure, et encore. Lui aus­si s’ar­rête: nous regarde, s’é­tonne, salue. Sous­trait à la vitesse humaine, le monde retrou­ve sa beauté native.