Informationnel et informatique ce virus, je maintiens. Et corrige: s’agissant la Bosnie notre hôtesse de Bileca rapporte un confinement strict de trois mois, une interdiction de commercer de près d’un an, des aides financières peu versées.
Grippe 2020
Virus informationnel. Virus informatique, selon les techniques des post-hippies installés en garage qui pour vendre leurs logiciels maison relâchaient des virus informatiques. Virus dans tous les cas très peu sanitaire. Grippe. Avec ses morts. Saisonniers. Et hors-saison. Avec le recul, cette affaire pourrait bien apparaître (pour peu que les responsables soient poussés à l’aveu) comme la plus grande arnaque de tous les temps. ( A noter que le virus ne franchit pas les frontières: ici, en Bosnie, personne ne semble avoir entendu parler de ce virus — il est vrai que la vie — parfois la survie– a d’autres priorités).
Est 3
Près d’Opuzen, moment de réflexion dans une station-service en bord de route. A Metkovic, nous avons essayé de mettre la main sur le docteur Colic afin de faire le test. La blanchisseuse qui partage son local nous renseigne: il est en vacances. D’où cet arrêt. D’où ce moment de doute. Evola roule une cigarette, j’ouvre une bière Karlovacko. Dans le sud de la Croatie, les villes de Split et Dubrovnik sont séparées par le couloir maritime octroyé aux Bosniaques suite aux négociations de sortie de guerre. Capitale, Neum. Esthétique : Biarritz dans les Balkans sans le charme ni les vagues. Cependant le jeune douanier a été clair: sans test ni vaccin, nous pouvons aller de Croatie en Croatie, pas s’attarder en Bosnie. “La région de Dubrovnik étant la plus fréquentée du pays, nous allons retrouver les Allemands, les Autrichiens, les Italiens à bord de leurs caravanes fourre-tout, la promiscuité du plaisir commercial et des prix surfaits”, fais-je valoir. Evola approuve. D’accord pour dire que ce monde de grands vacanciers côtoyé contre notre gré depuis le Capo d’Istria, il faut le quitter dès que possible. Justement, telle est la Bosnie, un territoire sans grâce ni réclame. Une heure plus tard, nous tentons donc une fois encore notre chance à la frontière (poste de Klek?) précédés d’une voiture d’Italiens et suivis d’une voiture de Slovènes. C’est à peine si la douanière vise nos passeports. Dès que le poste disparaît de la vue, nous dégageons du convoi de touristes, grimpons la première route sur la droite, suivons la direction d’une ville choisie pour sa position centrale en Republika Serbska (les Bosno-serbes), Stovac. A la tombée de la nuit, après avoir roulé sur des voies flambant neuves puis cahoté sur des chemins muletiers, longé des lits de rivières impressionnistes flanqués de cimetières mahométans et gravi des cols sans forme ni fin, nous débarquons dans Bileca. Le village-agglomération domine un lac de barrage terreux. Un hôtel se dresse sur la berge. A en croire les jardins empierrés de blanc, le gazon rutilant, l’éclairage étudié, nous sommes devant l’hôtel chic de la région. Si l’on nous refuse une chambre, la raison est évidente: les étages sont en chantier, le chantier à l’abandon, le building est une coquille vide. Après six cent kilomètres et huit heures de conduite, reprendre le volant alors que l’on touchait au but a quelque chose de décourageant. Problème bientôt réglé. Au carrefour de la route qui mène au Monténégro, entre la carcasse d’un avion de combat abattu par la DCA locale et un hangar de béton couvert de graffitis, une excellente matrone au sourire diaphane tient le Restoran Fortuna. Il y a des chiens, des chats, des parasols publicitaires Niksicki, les escaliers sont de ciment brut, les chambres plus vastes que des salons, les téléviseurs de bois et la dame parle le français (appris à l’école).
Est 2
Nous tentons d’entrer en Bosnie-Herzégovine par la douane bricolée de Metkovic. La route traverse le village, passe sous un pont sans éclairage, abouti devant un poste. Un tracteur, des hommes assis sur des pliants, une cuve de gasoil, pas de barrière. Deux officiels sont assis dos à dos dans une cabine téléphonique. L’un est Croate, l’autre Bosniaque. Je tends les passeports au premier, il me les rend. Le second les garde en main, exige les tests sanitaires. Evola me tend nos documents périmés depuis une semaine. Manque de chance, le douanier est jeune et consciencieux. Il lit. Il cherche. Il trouve. Nous sommes refoulés.
Est
Planté les tentes sur un vieux récif marin de la baie de Lukovo. Le soleil se couche, avec lui le hameau disparaît. Situé à deux kilomètres, fait de quelques maisons, il a été conquis sur la roche. Pas un arpent de plat, des cailloux jusqu’au ciel. Solides et simples, les bâtisses sont maçonnées à la truelle. Elles se dressent devant une eau claire. Gravée dans la pente, la route de transit relie Sinj au Nord (Istrie croate) et Zadar au Sud: on la devine à mi-hauteur. Au-delà, le territoire est laissé aux oiseaux. En face des tentes, une île sans végétation. Dans l’après-midi, alors que le bac de Cres nous amenait sur Krk, cinquante dauphins ont surgi des profondeurs. Ils ont dansé plusieurs minutes. Le bivouac est installé, le réchaud, les assiettes, les olives et le saucisson répartis sur les cailloux. Nous entrons dans la mer, nous nageons. Evola tente de relier l’île. Il brasse une demi-heure, il renonce. Les distances trompent. Et puis il faut garder ses forces pour se hisser sur la terre ferme: le récif est en pointes, il cisaille les mains, il découpe les pieds. Seul recours, rentrer le ventre et s’extraire à la force des bras. Peu avant vingt-deux heures, la nuit se referme. Evola allume la lampe de camp, verse un Whyskie, allume un cigare. Je surveille les pâtes achetées à Vérone, ouvre une bouteille de Valpolicella.
Préparation
Testé le vélo de voyage sur l’ancienne route de Ainsa. Voilà deux mois que je distribue, accroche, sangle. Pour cette première sortie, j’ai chargé dans les sacoches le matériel que j’emporterai en Amérique, réchaud et embase, outils et veste, tente, trousse de toilette. L’assemblage guidon-potence-extension s’appelle dans le nouveau jargon le “cockpit”. J’en suis particulièrement fier: j’ai sous les yeux le GPS, le téléphone, la batterie reliée à la future dynamo et le phare avant. Il m’en a coûté: j’ai fait venir et renvoyé toutes sortes de produits. Je monte sur le vélo. Les talons heurtent les supports universels montés sur le triangle arrière — je déplace. Puis c’est l’extension de triathlon qui m’empêche de poser mes mains en position droite- je déboulonne, je reboulonne. Ensuite, les cales de chaussures clipées dans les pédales automatiques résistent — je manque tomber. Chaque fois, je m’arrête le long de la route, me pousse dans un coin d’ombre (il fait 35 degrés), sors les outils et ajuste. Ensuite, je teste l’accès au bidon. Cela à l’air anodin mais quand on roule attraper facilement sa boisson est important. Or, il est coincé dans sa cage. A corriger donc. Retour du vélo dans le salon, je commence une nouvelle série de modifications puis consacre l’après-midi étudier les logiciels de cartographie Strava, Komoot, Garmin.
Légume
Une douleur au ventre a démonté ma nuit. Un poivron tranché, frit, vite avalé, indigeste. J’ai essayé le pouvoir des mains, caressant dans un sens et dans l’autre pour répartir les brûlures, rien n’y a fait. Les heures passaient affichées en rouge contre le plafond par mon horloge à projection, je ne dormais pas. A sept heures, j’ai entendu les pleurs du nourrisson dans la maison voisine. Première fois que me réveille l’appel du biberon. J’ai continué de masser l’estomac. Il est midi.