Nous tentons d’entrer en Bosnie-Herzégovine par la douane bricolée de Metkovic. La route traverse le village, passe sous un pont sans éclairage, abouti devant un poste. Un tracteur, des hommes assis sur des pliants, une cuve de gasoil, pas de barrière. Deux officiels sont assis dos à dos dans une cabine téléphonique. L’un est Croate, l’autre Bosniaque. Je tends les passeports au premier, il me les rend. Le second les garde en main, exige les tests sanitaires. Evola me tend nos documents périmés depuis une semaine. Manque de chance, le douanier est jeune et consciencieux. Il lit. Il cherche. Il trouve. Nous sommes refoulés.
Est
Planté les tentes sur un vieux récif marin de la baie de Lukovo. Le soleil se couche, avec lui le hameau disparaît. Situé à deux kilomètres, fait de quelques maisons, il a été conquis sur la roche. Pas un arpent de plat, des cailloux jusqu’au ciel. Solides et simples, les bâtisses sont maçonnées à la truelle. Elles se dressent devant une eau claire. Gravée dans la pente, la route de transit relie Sinj au Nord (Istrie croate) et Zadar au Sud: on la devine à mi-hauteur. Au-delà, le territoire est laissé aux oiseaux. En face des tentes, une île sans végétation. Dans l’après-midi, alors que le bac de Cres nous amenait sur Krk, cinquante dauphins ont surgi des profondeurs. Ils ont dansé plusieurs minutes. Le bivouac est installé, le réchaud, les assiettes, les olives et le saucisson répartis sur les cailloux. Nous entrons dans la mer, nous nageons. Evola tente de relier l’île. Il brasse une demi-heure, il renonce. Les distances trompent. Et puis il faut garder ses forces pour se hisser sur la terre ferme: le récif est en pointes, il cisaille les mains, il découpe les pieds. Seul recours, rentrer le ventre et s’extraire à la force des bras. Peu avant vingt-deux heures, la nuit se referme. Evola allume la lampe de camp, verse un Whyskie, allume un cigare. Je surveille les pâtes achetées à Vérone, ouvre une bouteille de Valpolicella.
Préparation
Testé le vélo de voyage sur l’ancienne route de Ainsa. Voilà deux mois que je distribue, accroche, sangle. Pour cette première sortie, j’ai chargé dans les sacoches le matériel que j’emporterai en Amérique, réchaud et embase, outils et veste, tente, trousse de toilette. L’assemblage guidon-potence-extension s’appelle dans le nouveau jargon le “cockpit”. J’en suis particulièrement fier: j’ai sous les yeux le GPS, le téléphone, la batterie reliée à la future dynamo et le phare avant. Il m’en a coûté: j’ai fait venir et renvoyé toutes sortes de produits. Je monte sur le vélo. Les talons heurtent les supports universels montés sur le triangle arrière — je déplace. Puis c’est l’extension de triathlon qui m’empêche de poser mes mains en position droite- je déboulonne, je reboulonne. Ensuite, les cales de chaussures clipées dans les pédales automatiques résistent — je manque tomber. Chaque fois, je m’arrête le long de la route, me pousse dans un coin d’ombre (il fait 35 degrés), sors les outils et ajuste. Ensuite, je teste l’accès au bidon. Cela à l’air anodin mais quand on roule attraper facilement sa boisson est important. Or, il est coincé dans sa cage. A corriger donc. Retour du vélo dans le salon, je commence une nouvelle série de modifications puis consacre l’après-midi étudier les logiciels de cartographie Strava, Komoot, Garmin.
Légume
Une douleur au ventre a démonté ma nuit. Un poivron tranché, frit, vite avalé, indigeste. J’ai essayé le pouvoir des mains, caressant dans un sens et dans l’autre pour répartir les brûlures, rien n’y a fait. Les heures passaient affichées en rouge contre le plafond par mon horloge à projection, je ne dormais pas. A sept heures, j’ai entendu les pleurs du nourrisson dans la maison voisine. Première fois que me réveille l’appel du biberon. J’ai continué de masser l’estomac. Il est midi.
Sujet de recherche
La division. Comment ces inventions diaboliques issues de laboratoires que sont l’antiracisme, le féminisme (en réalité néo-féminisme, car sans relation avec le féminisme), le devoir envers les sexuellement déviants, le droit de procréation artificielle, la doctrine guerrière du “zéro mort”, l’éloge de l’incapacité et ainsi de suite… avant l’escroquerie majeure que représentent le virus et la pandémie ont fait imploser toutes les formes de constructions sociales lestées d’un pouvoir de projection réel dans le temps et dans l’espace.