Est 2

Nous ten­tons d’en­tr­er en Bosnie-Herzé­govine par la douane bricolée de Metkovic. La route tra­verse le vil­lage, passe sous un pont sans éclairage, abouti devant un poste. Un tracteur, des hommes assis sur des pli­ants, une cuve de gasoil, pas de bar­rière. Deux offi­ciels sont assis dos à dos dans une cab­ine télé­phonique. L’un est Croate, l’autre Bosni­aque. Je tends les passe­ports au pre­mier, il me les rend. Le sec­ond les garde en main, exige les tests san­i­taires. Evola me tend nos doc­u­ments périmés depuis une semaine. Manque de chance, le douanier est jeune et con­scien­cieux. Il lit. Il cherche. Il trou­ve. Nous sommes refoulés. 

Est

Plan­té les tentes sur un vieux récif marin de la baie de Luko­vo. Le soleil se couche, avec lui le hameau dis­paraît. Situé à deux kilo­mètres, fait de quelques maisons, il a été con­quis sur la roche. Pas un arpent de plat, des cail­loux jusqu’au ciel. Solides et sim­ples, les bâtiss­es sont maçon­nées à la tru­elle. Elles se dressent devant une eau claire. Gravée dans la pente, la route de tran­sit relie Sinj au Nord (Istrie croate) et Zadar au Sud: on la devine à mi-hau­teur. Au-delà, le ter­ri­toire est lais­sé aux oiseaux. En face des tentes, une île sans végé­ta­tion. Dans l’après-midi, alors que le bac de Cres nous ame­nait sur Krk, cinquante dauphins ont sur­gi des pro­fondeurs. Ils ont dan­sé plusieurs min­utes. Le bivouac est instal­lé, le réchaud, les assi­ettes, les olives et le saucis­son répar­tis sur les cail­loux. Nous entrons dans la mer, nous nageons. Evola tente de reli­er l’île. Il brasse une demi-heure, il renonce. Les dis­tances trompent. Et puis il faut garder ses forces pour se hiss­er sur la terre ferme: le récif est en pointes, il cisaille les mains, il découpe les pieds. Seul recours, ren­tr­er le ven­tre et s’ex­traire à la force des bras. Peu avant vingt-deux heures, la nuit se referme. Evola allume la lampe de camp, verse un Whyskie, allume un cig­a­re. Je sur­veille les pâtes achetées à Vérone, ouvre une bouteille de Valpolicella. 

Principe 2

Si l’on veut sauver l’hu­man­ité (dans les cen­tres de com­mande occi­den­taux, pour un temps encore alpha et omega de l’évo­lu­tion du groupe), il faut réin­staller la mort au cen­tre de la vie. 

Péril

Des mil­liers d’in­cré­d­ules défi­lent en Aus­tralie, en France, en Ital­ie au nom de “lib­erté! lib­erté! lib­erté!” et dans les villes, sur les plages, en vacances, des mil­lions, des mil­liards sous la dic­tée des fous ânon­nent: “prison! prison! prison!”. 

Préparation

Testé le vélo de voy­age sur l’an­ci­enne route de Ain­sa. Voilà deux mois que je dis­tribue, accroche, san­gle. Pour cette pre­mière sor­tie, j’ai chargé dans les sacoches le matériel que j’emporterai en Amérique, réchaud et embase, out­ils et veste, tente, trousse de toi­lette. L’assem­blage guidon-potence-exten­sion s’ap­pelle dans le nou­veau jar­gon le “cock­pit”. J’en suis par­ti­c­ulière­ment fier: j’ai sous les yeux le GPS, le télé­phone, la bat­terie reliée à la future dynamo et le phare avant. Il m’en a coûté: j’ai fait venir et ren­voyé toutes sortes de pro­duits. Je monte sur le vélo. Les talons heur­tent les sup­ports uni­versels mon­tés sur le tri­an­gle arrière — je déplace. Puis c’est l’ex­ten­sion de triathlon qui m’empêche de pos­er mes mains en posi­tion droite- je déboulonne, je reboulonne. Ensuite, les cales de chaus­sures clipées dans les pédales automa­tiques résis­tent — je manque tomber. Chaque fois, je m’ar­rête le long de la route, me pousse dans un coin d’om­bre (il fait 35 degrés), sors les out­ils et ajuste. Ensuite, je teste l’ac­cès au bidon. Cela à l’air anodin mais quand on roule attrap­er facile­ment sa bois­son est impor­tant. Or, il est coincé dans sa cage. A cor­riger donc. Retour du vélo dans le salon, je com­mence une nou­velle série de mod­i­fi­ca­tions puis con­sacre l’après-midi étudi­er les logi­ciels de car­togra­phie Stra­va, Komoot, Garmin.

Principe

Ne pas céder à la machine.

Légume

Une douleur au ven­tre a démon­té ma nuit. Un poivron tranché, frit, vite avalé, indi­geste. J’ai essayé le pou­voir des mains, cares­sant dans un sens et dans l’autre pour répar­tir les brûlures, rien n’y a fait. Les heures pas­saient affichées en rouge con­tre le pla­fond par mon hor­loge à pro­jec­tion, je ne dor­mais pas. A sept heures, j’ai enten­du les pleurs du nour­ris­son dans la mai­son voi­sine. Pre­mière fois que me réveille l’ap­pel du biberon. J’ai con­tin­ué de mass­er l’estom­ac. Il est midi.

Littérature

Les écrivains ne devraient ni par­ler ni se mon­tr­er. Le pub­lic amène tou­jours au même résul­tat: la défaite du car­ac­tère créa­teur de l’écri­t­ure qui tient au mys­tère de la source.

Sujet de recherche

La divi­sion. Com­ment ces inven­tions dia­boliques issues de lab­o­ra­toires que sont l’an­tiracisme, le fémin­isme (en réal­ité néo-fémin­isme, car sans rela­tion avec le fémin­isme), le devoir envers les sex­uelle­ment déviants, le droit de pro­créa­tion arti­fi­cielle, la doc­trine guer­rière du “zéro mort”, l’éloge de l’in­ca­pac­ité et ain­si de suite… avant l’e­scro­querie majeure que représen­tent le virus et la pandémie ont fait implos­er toutes les formes de con­struc­tions sociales lestées d’un pou­voir de pro­jec­tion réel dans le temps et dans l’espace.

Numerata

1991: “for­mi­da­ble le numérique, je puis être partout simul­tané­ment!” 2021: “éton­nant le numérique, quoique je fasse, je me trou­ve au même endroit!”