Truc

Quand on n’a pas le cerveau con­stru­it mais que l’on vise tout de même le sens, il ne faut pas hésiter à répéter beau­coup ce qui n’a pas de sens afin qu’il en acquière.

Géométrie

Un prob­lème sur­gis­sant ici, les gou­verne­ments le dépla­cent là. Les manières de faire sont mul­ti­ples. Soit par la parole, la promesse, moyens légers; soit par la police, l’ad­min­is­tra­tion, moyens lourds. Déchets nucléaires à enfouir? “Nous allons les met­tre ailleurs”. Acte s’en­suit — ou pas. Campe­ment de  zom­bies drogués? “Nous les trans­férons vers un autre quarti­er”. Acte s’en­suit- de là, on les remet­tra ici. Motif secret des Droits de l’homme: ces “Droits” inap­plic­a­bles inhibent toute action sen­sée en faveur de l’hu­man­ité souffrante.

Notoriété

L’ex­cel­lent Gabi Del­ga­do, anci­en­nement DAF, grand défricheur de la musique élec­tron­ique, mort dans son jardin au Por­tu­gal il y a deux ans, a 10 fans sur les réseaux de dif­fu­sion sonore des multi­na­tionales. Répu­ta­tion, notoriété, célébrité, gloire, et dans le sens inverse, selon la courbe du temps.

Grippe 2020

Ne soyons pas dés­espérés. Ce n’est que la société qui est dés­espérante. Le monde est tou­jours là. Placé devant lui, tout est pos­si­ble dès lors que le geste est joint à la parole: il faut recon­quérir. Der­rière fumeront les ruines de la société, et les feux finissent.

Aussies

Héri­tiers imbé­ciles des pires doc­trines hygiénistes de la fin du XIXème siè­cle, les Aus­traliens, de part et d’autre de la loi de ter­reur, offrent ces jours au monde le pire exem­ple qu’il se puisse imag­in­er en ter­mes de défense des valeurs humaines.

Vélo

Par­ti le ven­tre noué. Cent-cinquante kilo­mètres et deux kilo­mètres et demi de mon­tée, cela sem­blait beau­coup, cela sem­blait trop. Ce qu’il s’agis­sait de véri­fi­er: est-ce trop? Noué, dis-je, car avant de revenir à son point de départ, on s’en éloigne. Or, si d’aven­ture j’avais la fringale ou m’épui­sais, trou­ver le moyen de rejoin­dre la voiture autrement qu’à vélo serait dif­fi­cile — la con­trée est déserte. A Ansó, un berg­er court der­rière le vélo. Il me décon­seille de pour­suiv­re, “la route de Zur­iza s’est éboulée!”. J’in­siste. “Vous ne passerez pas, il m’a fal­lu grimper dans la mon­tagne”. J’emprunte un détour. Cela ral­longe le par­cours , mais le berg­er m’a ras­suré: il a énuméré des noms de vil­lages avant de con­clure “juste après, c’est la France”. Les cyclistes le savent, il faut se méfi­er des auto­mo­bilistes, ils ne con­nais­sent pas leurs dis­tances. Effet por­teur cepen­dant, je suis ras­suré. Et bien sûr, dois me ren­dre à la réal­ité: là où le berg­er annonçait 9 kilo­mètres de col, il y en a 33. Milieu d’après-midi, j’at­teins la fron­tière. Sous les nappes de brouil­lard, un trou­peau de vach­es barre la route. Je zigzague. Plus loin, des chevaux. Côté français la sta­tion de ski de La-Pierre-Saint-Mar­tin. Lieu que je recon­nais, nous y sommes venus avec Mon­frère en 2015, alors que nous roulions devant le pelo­ton du Tour de France. Je mâche des figues, avale une rasade d’eau, passe un coupe-vent et me lance dans la descente. Ensuite, long plat. Le vélo tourne à quar­ante à l’heure. Je me répète: trop vite, tu vas caler. Je ne cale pas. Au pied du dernier col, je me répète: tu vas caler. Je ne cale pas. Fin de journée, je retrou­ve la voiture. S’il y avait beau­coup, il n’y avait pas trop et dans tous les cas moins que prévu: 100 kilo­mètres de dis­tance et quelque deux kilo­mètres positifs.

Subterfuge

Il y a des gens qui pensent que le passe­port vac­ci­nal est un out­il de san­té public.

Trente habitants

Le pre­mier vil­lage navar­rais dans la descente du col de Mata­ma­chos (“qui tue les machos”, où il est ques­tion de bétail) se nomme Garde. Aux lim­ites du ter­rain munic­i­pal fig­ure ce pan­neau: “Gar­den ez dugu era­so sex­is­tarik onartzen”. Qui veut dire: “A Garde, nous ne tolérons pas les agres­sions machistes”

Trouvaille

Hen­ry de Mon­ther­lant: “Dans le geste de la prière, les deux mains sont opposées, mais les doigts opposés s’en­tremê­lent, pour mon­tr­er que toutes choses s’en­tremê­lent, et notam­ment celles qui s’op­posent ou qui sont cen­sées s’opposer.”

Espagne

Agréable prom­e­nade à Puente après avoir vu l’av­o­cat. Bu un café sur un ter­rasse, ce que je n’avais pas fait depuis un an. La patronne du Grand Opéra était pleine de sol­lic­i­ta­tions. Elle a coulé mon café comme si l’opéra­tion était sacrée. Un moment au bar, j’ai ensuite changé d’avis, je suis allé m’in­staller sur la ter­rasse. Le bal­ayeur munic­i­pal tirait sur un cig­a­re; Quicke, le vendeur de jour­naux, défai­sait des liasses du Diario de Aragón; le cuisinier du Benasque bavar­dait avec ses serveurs. Le soleil est venu. J’ai fixé les dalles de mar­bre de la rue pié­tonne: jamais je ne les avais vues aus­si liss­es. Il fai­sait bon vivre. Surtout que les gens, ici, dans l’Es­pagne mon­tag­neuse, ne courent pas, ils marchent. Donc cha­cun allait à son rythme, cha­cun vaquait à son occu­pa­tion, cette petite ville offrait un tableau envi­able. Par con­traste, j’ai pen­sé à ces Chi­nois du Gran Bazar. Alors que j’a­chetais une paire de lacets et de la colle rapi­de, ils s’ag­i­taient au milieu des ray­on­nages, tâtant des pro­duits, cri­ant des ordres, véri­fi­ant des listes de prix. Vis­i­ble­ment une descente des chefs de Madrid venus inspecter le cou­ple qui tient le Bazar. L’at­ti­tude, le ton autant que la langue ont fait que j’ai fui sans réclamer ma monnaie.