28 novembre

Arrivé à Rincón de la Vic­to­ria en soirée. Splen­dide cham­bre blanche ouverte sur la mer. Fin de journée douce, torse nu. Soleil ras et rouge. Mon Chi­nois habituel me tient la Skol au frais. Il suf­fit de tra­vers­er depuis l’hô­tel. Je rav­i­taille avec le sac à dos, avale la bière sur la ter­rasse. Seul prob­lème, le den­tiste de la rue Viseg­rad qui a blanchi mes dents au laser a inter­dit pen­dant une semaine la con­som­ma­tion d’al­cool (ni de manger trop chaud ou trop froid, ni de boire du café). J’achète des pailles, passe la bière directe­ment du verre au gosier. C’est mon anniversaire. 

Grippe 2022

Pour met­tre à l’ar­rêt le vivant et détru­ire l’e­sprit de toute une société, il faut que se ren­con­trent deux fac­teurs, une poignée de malveil­lants qui intrigue pour sus­pendre les lib­ertés et une majorité de névrosés qui se réjouit de voir ses lib­ertés suspendues.

Comme des chiens

La route est con­tenue entre deux murets de mau­vais morti­er. Ma belle-mère hon­groise com­mente: “seul accès à l’aéro­port. Suf­fit d’un acci­dent et tout est blo­qué. Trente ans que le gou­verne­ment s’en­gage à l’élargir!”. L’ob­sta­cle sur­mon­té, elle gare la Vol­vo devant le ter­mi­nal. Halle éclairée dans une nuit sale, mar­bres silen­cieux, traf­ic pau­vre. Impres­sion cor­rigée dès le pas­sage du con­trôle des per­son­nes: les voyageurs font la queue au tax-free, jouent une Porsche à la tombo­la, man­gent des ham­burg­ers — il est sept heures le matin. Je prof­ite du temps qu’il me reste pour acheter en ligne un chronomètre de course. L’opéra­tion tire en longueur, je suis le dernier à attein­dre la porte d’embarquement. A l’en­trée du car­ré des pas­sagers, cinq jeunes. Le pre­mier vise mes doc­u­ments de voy­age. “Et le code?”. ‑Vous l’avez en main!  “Pas le test, l’autre code, celui qui vous autorise à entr­er en Espagne”. De quoi par­le-t-il? Le jeune affiche sur son portable un site inter­net, fait défil­er une série de fenêtres — celles que j’au­rais dû rem­plir. Sur un hausse­ment s’é­paules, je reprends mes doc­u­ments et vais m’asseoir. Affole­ment des jeunes qui se pré­cip­i­tent, m’en­tourent, me men­a­cent: si je ne quitte pas immé­di­ate­ment le parterre des élus, ils appelleront la police. Je les nar­gue. Le ton monte. Trois cent pas­sagers assis­tent au spec­ta­cle. “Quoi, dis-je, ces gens-là ont donc tous leur code ?”. Les jeunes sont affir­mat­ifs: je suis le seul à ne pas être por­teur du Sésame. Prob­lème, l’avion est prêt à l’embarquement. Ce n’est pas men­tir: à peine ont-ils dit que les pas­sagers se lèvent et marchent en direc­tion de l’ap­pareil. Donc, je n’ai pas le choix. Je sors mon ordi­na­teur, le pose sur un siège. Le jeune s’emporte : “vous n’avez pas le droit de touch­er à ce siège, il appar­tient à la salle d’at­tente!”. ‑Enculé va! Il a com­pris. Donc il appelle la police. Voilà, je vais rater l’avion. Or, ma voiture est garée à Ali­cante, j’ai 600 km à rouler et une réser­va­tion pour une semaine dans un hôtel de Rincón. Je bats en retraite, pose l’or­di­na­teur sur le sol (dans les par­ties com­munes, pas de mobili­er). Les jeunes font cer­cle. Six paires de fauss­es Nike sous mon nez. “Et main­tenant, dis-je en me tor­dant le cou, je fais quoi, je n’y com­prend rien à votre truc!” Celui qui aime la police fait : “nous ne sommes pas là pour résoudre les prob­lèmes des pas­sagers. Et met­tez votre masque!”. Il s’en va. Ses col­lègues approu­vent. Et suiv­ent. Je ne mets pas le masque. Reste un jeune. Le cinquième. Moins hargneux. Je lui tends l’or­di­na­teur. Il s’en saisit, me dit ce qu’il va faire. D’abord, trou­ver un réseau. Ensuite, trou­ver le site du gou­verne­ment espagnol…géré par Google. Le jeune me guide alors comme on fait d’un gosse — je laisse faire. “Là où il est écrit “nom”, vous écrivez nom, me dit-il. Ici, vous met­tez l’adresse… celle où vous étiez, en Hon­grie… Là, celle où vous vous ren­dez… En bas, vous écrivez votre domi­cile… Le code de votre test main­tenant…” Au bout de dix min­utes, nous y sommes. “Tous les champs sont ren­seignés” comme on dit dans le jar­gon tech­no-puni­tif. Cepen­dant, les derniers pas­sagers mon­tent dans l’avion. “Et main­tenant?”, je demande. Le jeune: “vous devez avoir reçu un code sur votre adresse de mes­sagerie.” Sauf que je n’ai pas don­né mon adresse per­son­nelle aux Améri­cains, mais celle du bureau de Fri­bourg et n’ai pas les codes pour y accéder. Résul­tat, la véri­fi­ca­tion est impos­si­ble. Le grand pro­jet de ren­seigne­ment s’ef­fon­dre. Il faut tout recom­mencer. A nou­veau dix min­utes. “Le pilote n’at­ten­dra pas plus longtemps”, aver­tit le jeune qui aime appel­er la police . Je tends l’or­di­na­teur. L’autre jeune pian­ote. Il rem­plit les cas­es. Le code arrive par mail. “Main­tenant, dit le jeune maître, vous ouvrez le lien qui se trou­ve dans le mail et vous répon­dez aux ques­tions qui vous sont posées”. Quoi? “Oui… il faut rem­plir un sec­ond doc­u­ment”. Via l’écran du télé­phone, en pres­sant de l’in­dex des touch­es de la taille de con­fet­ti avec un masque sur la bouche, le nez, les yeux. Enfin j’en­tre dans l’avion, l’hôtesse ver­rouille la porte, les pas­sagers me dévis­agent. Deux heures cinquante cinq plus tard, même bar­rage de jeunes à l’aéro­port d’Al­i­cante, en fauss­es bas­kets, en véri­ta­ble uni­forme, prêts à sauver le monde. Au moyen de pis­to­lets ils scan­nent le front des voyageurs, au moyen de détecteurs ils flashent les codes-papi­er. Nous ne sommes pas malades ni sur le point de mourir, nous pou­vons entr­er en Espagne. 

   

Magie noire

Le maître en cet art, Klaus Schwab. Un médiocre qui jamais n’a obtenu d’align­er deux idées cohérentes (voire son texte The Great Reset) et sert de penseur — avec quelques homo­logues — à une coali­tion de prédateurs. 

Magie noire 2

Le Forum Economique Mon­di­al nous vante dans ses vit­rines un monde meilleur dont il ne démon­tre pas les mérites dès lors qu’il est imposable.

Nouveau monde

Les Améri­cains ont inven­té la sim­plic­ité. Rien de plus dan­gereux que la sim­plic­ité. Ce qui est com­plexe, donc aléa­toire, c’est à dire vivant, doit être simplifié.

Grippe — 2022

La par­tie cen­trale du drame n’est pas jouée. Elle le sera en début d’an­née. Main­tenant que les peu­ples ont prou­vé avec docil­ité leur volon­té de se couper du des­tin per­son­nel et unique, le pro­jet mon­stre va entr­er dans sa phase coerci­tive. Les insti­ga­teurs, crain­tifs quoiqu’en en pense devant leur pro­pre mon­stru­osité, vont pass­er à l’exé­cu­tion du plan. 

Budapest 6

Ma belle-mère aime les bus et les trams. Ils cir­cu­lent vite et bien, vous déposent ici et là, sont gra­tu­its pour les aînés, avan­tage dont Mon­père prof­ite l’air con­tent. N’en demeure pas moins, quand je dis “jamais je n’ai pris un bus de ville en Suisse!”, Mon­père répond: “moi non plus”. Heureux principe que celui de tout faire à pied, car, je le véri­fie dans Budapest, comme ma belle-mère m’en­traîne en direc­tion des mon­u­ments, admin­is­tra­tions, super­marchés et restau­rant à bor­ds de trams et de bus, rien de plus anky­losant pour qui espère garder les idées claires que ce bal­lote­ment pen­dant de longues min­utes de ces corps tièdes et silen­cieux, et désor­mais masqués. L’hon­nêteté oublie à ajouter que pour rejoin­dre une adresse où se trou­ve un ser­vice réputé meilleur il faut par­courir de grandes dis­tances. Pas un ser­vice orig­i­nal, non! Une pâtis­serie qui fait de meilleurs gâteaux ou un cor­don­nier qui répare moins cher. Cette façon d’aller chercher à deux heures de route ce que l’on imag­in­erait obtenir dans la rue même, je l’ai vécu à Mex­i­co. Alors, nous allions en voiture (le métro n’é­tait pas encore dévelop­pé) et le plus sou­vent en con­voi. Rapi­de­ment me venait l’en­vie d’a­ban­don­ner. Quel plaisir à manger un gâteau qu’il faut aller acheter à 40 kilomètres? 

Budapest 5

Innom­brables Viet­namiens et Chi­nois, cer­tains instal­lés de longue date dans la cap­i­tale au nom de la col­lab­o­ra­tion avec les pays frères. Au marché Lehel, les Hon­grois vendent légumes, graines, vian­des et char­cu­terie, mais ils ont été exclus­du com­merce des biens man­u­fac­turés, pra­tique­ment la même camelote dérivée du pét­role que l’Em­pire indus­triel déverse sur toute l’Eu­rope. La nou­velle offen­sive des Jaunes porte sur les ser­vices: coif­feurs, esthéti­ci­ennes, salons à toutous (même les pays pau­vres sont frap­pés de cet engoue­ment pour les chiens de laboratoire).

Budapest 4

Les brasseries sont d’in­flu­ence vien­noise. Quelques unes sont anci­ennes, d’autres le pré­ten­dent. L’at­mo­sphère est la même: feu­trée, per­son­nelle. Un habitué des restau­rants suiss­es, ital­iens, a for­tiori espag­nols, hésite à pouss­er la porte. De la rue, l’in­térieur est sous-exposé. Les jalousies sont tirées, il y a des rideaux, sur les gar­ni­tures de radi­a­teurs des plantes en pots . En salle, un buf­fet, par­fois un vais­se­li­er ou une hor­loge. Au sol des tapis, con­tre les parois boisées des pein­tures. Le garçon qui vous accueille n’a peut-être jamais enten­du par­ler de rentabil­ité. Vous entrez parce que vous avez l’en­vie de manger. Il vous fait asseoir, lente­ment, pro­pose la carte avec mod­estie: “avez-vous seule­ment envie de vous repos­er?” sem­ble-t-il deman­der. D’ailleurs, il n’y a pas d’ho­raire. Le ser­vice est en con­tinu. Un club de tri­co­teuses boit le thé, vous découpez une viande. Ces sen­sa­tions sont encore plus vives ces jours où la con­som­ma­tion est en berne, les touristes absents.