Sans peser le vélo, j’entame la première montée. Il pleut. Le col du Somport est dans le brouillard. Les stations de ski ont fermé, il n’y a plus personne. Dans la descente, je grelotte. Après Urdos, rythme tranquille sur une trentaine de kilomètres puis l’ascension du col de Marie-Blanque au départ d’Escot. Troisième passage en quelques semaines, je ne crains plus son dénivelé et j’ai tort: cette fois, je chevauche un vélo chargé. Cuisine, tente de camping, habits de rechange, outils, de quoi tenir neuf cent kilomètres sans restaurant ni hôtel si d’aventure je n’en trouvais aucun sur la route. Quand commencent les quatre kilomètres de côte à 12% de moyenne (et 14% maximum) que redoutent les cyclistes, je m’aperçois qu’entre mon poids, le vélo et la charge, je tire quelque 103 kilos. Photo au sommet et je rejoins la vallée d’Ossau. Sur le plateau de Bedous, une voiture à l’arrêt et deux femmes : elles parlent à un cheval afin qu’il regagne le champ. Il ne bouge pas. Elles me font signe de ralentir. Je fonce sur le canasson qui s’enfuit au trot. Non mais! J’ai encore huit heures de route ! Le soir, je monte la tente sur le terrain boueux du camping de Ousse près de Pau que m’a recommandée la petite-fille du fleuriste de Soumoulou. La boulangère à qui je demandais une adresse a répondu “je ne suis pas du tout d’ici”. D’où peut-elle bien être? De Djakarta, Brisbane, New-York? “J’habite à trente kilomètres”, dit-elle avec fierté.
Minutes
Départ demain matin pour 920 kilomètres de route à travers les Pyrénées en direction de la France. Le vélo est équipé. Il va pleuvoir. L’étape première: 139 km, 2900 de montée. Je viens de tester le réchaud à alcool que je ne pouvais allumer le jour où, en décembre, après une nuit à me congeler sur le bord d’un canal, j’en avais le plus besoin — il marche. Le café, principal réconfort. Et les crèmes: de chamois, solaire, de rasage. Ces dernière heures, lettres aux tribunaux, appels aux greffes, mesures anticipatives dans le conflit d’entreprise qui pourrait me priver bientôt de mes revenus, Monfrère et mon collègue, le chanteur genevois de blues nègre, ayant intercepté les courriers officiels validant les séances de confrontation dans l’espoir de se dégager.
Maladie 2022
La belle grenadine qui se charge au village des corvées de rues porte un masque. “Désolé Alexandre, j’ai le Covid!”. Qu’a-t-elle exactement? Ce que je demande. Pas grande chose à en croire sa vitalité de corps, sa beauté de visage et le débroussailleur qu’elle manie. Un test a révélé qu’elle était touchée par le virus. Embêtée, car elle doit partir marcher au Pérou jeudi prochain. Les billets d’avion sont achetés, l’argent est investi, il n’y en pas d’autre. Je conseille d’acheter cinq tests et de présenter celui qui donnera négatif. Ces test sont faits pour conduire le crédule à la prison numérique, ils marquent la moindre rhume “contraction du virus”. Puis je lui distribue une petite pharmacie composée de Zinc, Sélénium, vitamine D, vitamine C et celle qui est interdite par nos opérateurs Mondialistes.
Les choses
Evola endommage ce qu’il touche. Verres, canapés, tapis, tout le régime ménager est aux frais. Etonnante inversion des compétences lui qui a des mains de prestidigitateur! A considérer mes pognes de maçon, je me demande comment et surtout pourquoi je réussis mieux le rapport aux objets de la vie matérielle.
En avant
Avec un demi-siècle de retard, l’esprit d’industrie de Henry Ford produit les mêmes effets que l’industrialisation hitlérienne des esprits. Reprogrammation, exclusion, liquidation. Nous voilà confrontés à la phase aiguë du programme. N’en doutons pas, la pragmatique chinoise servira de parangon à la définition des méthodes.
Dimanche
Ciel plombé sur la vallée d’Echo. Je roule à petite vitesse dans le défilé. A l’approche de la Dodge les rapaces gagnent les nuages. La pluie a gonflé le cours du Véral, les cascades giclent sur la route. Pour manger, il me faut redescendre jusqu’à Berdún, à 21 kilomètres. Des Sud-américaines servent aux chasseurs du Fidegua, des côtes de porc-ratatouille, de la Cuajada de chèvre au miel. En sens inverse, le même défilé amène à la frontière navarraise. Sur le bord de la route, dix hommes culs nus qui viennent de descendre le “río” à canoë se rhabillent. Pour regagner Agrabuey j’emprunte trois cols manœuvrant avec tact afin d’éviter les trous, les arbres , les vaches errantes. Dans ma rue du Quartiers-des Champs, avec à la main l’habituel packs de six litres de Skol que je rapatrie du garage municipal, Fraonia et Lluis dont le frère est mort d’une chute à trottinette mercredi dans Saragosse, la tête cassée sur la margelle du trottoir. Présenté ses condoléances dans une langue étrangère est difficile — je fais comme si je ne savais pas, les embrasse et rentre pour constater que la France a voté.