Fascinante Rose Namajunas. Un corps qui danse, une vitesse constante, un jeu aérien. Féminine et skinhead. Elle touche, elle effraie, elle vainc.
Minutes
Départ demain matin pour 920 kilomètres de route à travers les Pyrénées en direction de la France. Le vélo est équipé. Il va pleuvoir. L’étape première: 139 km, 2900 de montée. Je viens de tester le réchaud à alcool que je ne pouvais allumer le jour où, en décembre, après une nuit à me congeler sur le bord d’un canal, j’en avais le plus besoin — il marche. Le café, principal réconfort. Et les crèmes: de chamois, solaire, de rasage. Ces dernière heures, lettres aux tribunaux, appels aux greffes, mesures anticipatives dans le conflit d’entreprise qui pourrait me priver bientôt de mes revenus, Monfrère et mon collègue, le chanteur genevois de blues nègre, ayant intercepté les courriers officiels validant les séances de confrontation dans l’espoir de se dégager.
Maladie 2022
La belle grenadine qui se charge au village des corvées de rues porte un masque. “Désolé Alexandre, j’ai le Covid!”. Qu’a-t-elle exactement? Ce que je demande. Pas grande chose à en croire sa vitalité de corps, sa beauté de visage et le débroussailleur qu’elle manie. Un test a révélé qu’elle était touchée par le virus. Embêtée, car elle doit partir marcher au Pérou jeudi prochain. Les billets d’avion sont achetés, l’argent est investi, il n’y en pas d’autre. Je conseille d’acheter cinq tests et de présenter celui qui donnera négatif. Ces test sont faits pour conduire le crédule à la prison numérique, ils marquent la moindre rhume “contraction du virus”. Puis je lui distribue une petite pharmacie composée de Zinc, Sélénium, vitamine D, vitamine C et celle qui est interdite par nos opérateurs Mondialistes.
Les choses
Evola endommage ce qu’il touche. Verres, canapés, tapis, tout le régime ménager est aux frais. Etonnante inversion des compétences lui qui a des mains de prestidigitateur! A considérer mes pognes de maçon, je me demande comment et surtout pourquoi je réussis mieux le rapport aux objets de la vie matérielle.
En avant
Avec un demi-siècle de retard, l’esprit d’industrie de Henry Ford produit les mêmes effets que l’industrialisation hitlérienne des esprits. Reprogrammation, exclusion, liquidation. Nous voilà confrontés à la phase aiguë du programme. N’en doutons pas, la pragmatique chinoise servira de parangon à la définition des méthodes.
Dimanche
Ciel plombé sur la vallée d’Echo. Je roule à petite vitesse dans le défilé. A l’approche de la Dodge les rapaces gagnent les nuages. La pluie a gonflé le cours du Véral, les cascades giclent sur la route. Pour manger, il me faut redescendre jusqu’à Berdún, à 21 kilomètres. Des Sud-américaines servent aux chasseurs du Fidegua, des côtes de porc-ratatouille, de la Cuajada de chèvre au miel. En sens inverse, le même défilé amène à la frontière navarraise. Sur le bord de la route, dix hommes culs nus qui viennent de descendre le “río” à canoë se rhabillent. Pour regagner Agrabuey j’emprunte trois cols manœuvrant avec tact afin d’éviter les trous, les arbres , les vaches errantes. Dans ma rue du Quartiers-des Champs, avec à la main l’habituel packs de six litres de Skol que je rapatrie du garage municipal, Fraonia et Lluis dont le frère est mort d’une chute à trottinette mercredi dans Saragosse, la tête cassée sur la margelle du trottoir. Présenté ses condoléances dans une langue étrangère est difficile — je fais comme si je ne savais pas, les embrasse et rentre pour constater que la France a voté.
Bestiole
Point de morale intéressant chez Evola. A l’épicerie ambulante du mercredi, il achète du poisson. Que l’on imagine le kilométrage de la bestiole! Agrabuey est loin de la mer. Trois jours plus tard, Evola tire le poisson du frigidaire. Aussitôt, je fais: “ne le mange-pas!”. Il hésite. J’en appelle à l’odeur. Ce faisant je trouve que la situation est plus grave que je ne le croyais: “congèle ça, on le jettera demain!”. Evola s’exécute. Le matin, venu le moment d’aller aux poubelles, je sors le poisson. Dur, il pue. Evola, l’air désolé: “je n’aime pas, je n’aime vraiment pas… Tuer un animal pour le jeter, non, ça n’est pas bien!”.