Dieu

Dieu est la total­ité hypostasiée des pen­sées et actions des hommes.

Scène de rue

Fri­bourg mi-mars, place Georges-Python, je ter­mine un cir­cuit au cen­tre à décoller des stick­ers pirates sur les armoires élec­triques quand je croise Fat­mir, mon ancien pro­fesseur de Krav Maga. Je descends de vélo, nous nous embras­sons. Sur la ter­rasse du Turc dont la famille à potassé la méth­ode Assim­il pour baragouin­er son ital­ien et ven­dre des piz­zas aux dupes. Joie de se revoir, pris­es de nou­velles, mais aus­si, en dépit d’une ami­tié forte, des mon­des bien dif­férents. Fat­mir m’ap­prend la loca­tion d’une salle nou­velle, les grades passés par un tel et un autre, je lui racon­te mon voy­age dans l’est dis­ant d’emblée “oui, l’Al­ban­ie, trop musul­man pour moi, surtout Shko­dra, ah Shko­dra!”, véri­fi­ant avant d’en finir que Fat­mir est musul­man ce qui, au vu de son atti­tude de guer­ri­er sans reli­gion, ne m’avait jamais tra­vail­lé. Pas de gêne, nous pour­suiv­ons. Il me par­le de son idée qui était déjà venue à mes oreilles : lui faire un livre, une auto­bi­ogra­phie qui le mon­tr­erait gosse au Koso­vo, réfugié en Suisse et enfin grand maître du Krav Maga hon­oré de trois Dar­gas. Alors que nous devi­sons au milieu de cent buveurs, un cor­bil­lard se gare devant le Cou­vent des Ursu­lines. Les hommes en noir sor­tent un sac de plas­tique noir. Le cadavre est si mince qu’il rem­plit à peine le sac (tourné dans l’autre direc­tion, Fat­mir ne voit pas). 

Balance

Pesage des forces dans nos sociétés valé­tu­di­naires. Il n’y en pas ou si peu. Il y a l’in­tel­li­gence. Mal répar­tie, his­torique­ment con­cen­trée, aujour­d’hui sur­con­cen­trée. Mais l’in­tel­li­gence sans la force? Les mon­tagnes ne bougent que sous la dou­ble instru­men­ta­tion. Pesage des forces: aux affaib­lis les grands manip­u­la­teurs font accroire qu’ils sont forts pour mieux les sacrifier.

Gala

Au bout de vingt ans, dans un cou­ple, une par­tie de la rela­tion devient théâtre; même si demeurent réelles les con­séquences de ce théâtre.

Âge

Je m’imag­ine vieux (pas bien dif­fi­cile). Il me vient un ent­hou­si­asme! Enfer­mé dans la mai­son, je pour­rai lire Pla­ton et Stend­hal, Kant et Calaferte, je pour­rai lire, écrire, méditer à l’en­vi. Les gens qui passent devant la mai­son diront: “ce n’é­tait pas la mai­son du Suisse, celle-là?”.

Maladie 2022

Mesures contre/à la faveur de la mal­adie générale dans le trou­peau. Les méchants qui sont à l’ œuvre ne gag­nent pas mais instil­lent la méchanceté et sous la pres­sion les critères de la sagesse évoluent.

Pensée-action

Seule une petite par­tie de la pen­sée des hommes mod­i­fie le réel. Le reste de la pen­sée, incan­ta­toire, voile le réel de ses incantations.

Crise

Ain­si s’ex­pliquent les sol­i­dar­ités nou­velles qui détru­isent l’or­dre ancien: carte d’un château, cha­cun sou­tient les cartes qui sou­ti­en­nent sa posi­tion dans le château.

Ibiza-Phuket

Le tour du monde comme le tour de soi-même; la qual­ité des phénomènes de ren­con­tre, les jeux de couleur, les com­plex­ités et jouis­sances privés déci­dent pour cha­cun de la richesse de l’ex­plo­ration du monde.

Monde meilleur

Pas de meilleure con­seil­lère que la soli­tude. L’homme juge néces­saire la con­ver­sa­tion. Néces­saire elle l’est, mais seule­ment le temps de la for­ma­tion. Ensuite, le dia­logue avec soi-même vaut toutes les dialec­tiques. Ceux qui ne s’a­guer­ris­sent que par les rela­tions à autrui vivent fatale­ment dans cette pâle copie du monde que l’on nomme société. Le monde qui est la visée.