Chandolin-Zinal à vélo. La route d’Ayer fraîchement dégagée, l’odeur du bois qu’on scie aux Moulins. Sur le versant des homme montent des murs de pierre sèche, d’autres empilent des tavaillons. De grands drapeaux suisses flottent. En face Grimmentz est en chantier. Des immeubles courtisés par des grues montent au ciel. La coulée de boue des terrassements fait tache et nous avons bu des litres la veille. A Zinal je photographie le Cervin. Les ombres des parapentes en phase d’atterrissage glissent sur le parking. Au retour un éboulement sur la route d’Ayer — celle que j’ai empruntée à l’aller — m’oblige à zigzaguer. L’eau de la montagne coule dans mes cheveux.
Catégorie : Inconsistance
Sierre-Chandolin a vélo après avoir posé un étron dans le bois. Sur les premiers 20 kilomètres de pente, souffle profond, plateau moyen, esprit en chair. Montée de philosophie dans les virages qui amènent à Saint-Luc aussitôt escamotée par la fatigue. Fin de course épuisant: il me faut chercher mon air dans les recoins des poumons et l’expulser à des mètres devant moi. Le chalet est accessible par 39 marches. Je consulte la montre: 30 kilomètres en deux heures. Les amis me présentent un verre d’eau dont ils disent “elle est excellente, elle est d’ici.”
La nouvelle génération veut amuser et séduire. Elle fuit le sérieux comme une maladie. Elle monte sur scène. Des affaires sérieuses elle fait un spectacle. D’elle-même elle fait un spectacle. Force est de régler les problèmes que le spectacle ne peut régler. En coulisse on passe le balai, on tranche les têtes, on foule la liberté.
Chaque village a son héros. Au bistrot de la place, à l’épicerie ou à la poste, il faudrait demander son nom, son adresse et s’il est mort, son histoire. Comment est-il devenu le héros d’une poignée d’hommes? Celui dont on parle? Celui qui défait la banalité? Dans ce groupe des héros, autant de canailles que de destins selon la loi. Le commun les tient en même estime.
Bali, Hoboken ou Oaxaca — seul compte le bitume sous nos semelles. Tant qu’ils ne sont pas réalisés, ces mirages nous dévitalisent. Fermer les yeux pour tarir leur représentation et sentir que le corps a deux semelles et repose sur une portion de bitume. Cet autre chose qui nous réclame là-bas nous ravit. Cet autre chose détruit l’espace, précipite le temps, rapproche la mort jette contre elle. C’est de l’espoir, mais une forme d’espoir qui met l’être en supend, le tient dans un faux espace. Ce qui peut avoir lieu le peut en nous, à l’intérieur du corps posé sur ses semelles.
Au centre du tunnel il trouva une cahute. Le fonctionnaire qui l’occupait alluma une torche, lui remit un ticket et attendit la main tendue.
- Je n’ai rien sur moi.
- Il faut payer.
Comme il rebroussait chemin.
- Non, ce serait trop facile.
- Je vous dit…
- Et comment comptez vous payer la section du tunnel que vous avez parcourue?
- J’ignorais.
- Les autorités du tunnel sont strictes.
- Qu’est-ce que je peux faire?
- C’est votre problème. En tout cas n’espèrez pas ressortir sans avoir payé.
La tolérance que revendiquent ces jours les gouvernements occidentaux pour le compte des masses traduit la lâcheté d’hommes bien informés qui manquent du courage d’exclure des démocraties les individus qui n’ont pas pas la capacité de se repecter. Ils discréditent ainsi dans son principe le respect d’autrui et provoquent la faillite de la liberté sociale. Parmi ces nihilistes, il doit aussi y avoir de véritable fascistes, contempteurs d’une idée de caste supérieure. Ils pensent peut-être vivre un jour ailleurs, ou séparés et s’ils sont victimes de cette illusion c’est parce qu’aujourd’hui — et chaque jour un peu plus — la masse tolère qu’ils vivent autrement ou , ce qui revient au même, appellent “démocratiques” nos systèmes.