Mais aussi, il n’y a plus à manger dans ces campagnes! Bars à l’abandon, volets fermés, silence. J’aime mais il faut se nourrir. Je sais où sont les fontaines. Elles me servent de repère. Alors je me souviens que j’ai un quignon de pain au fond d’une sacoche. Je mâche et repars. Centième kilomètre, déjà trois cols, il fait trente-quatre degrés. L’idée de pousser la porte de la maison, ouvrir le frigidaire, servir une bière. Encore un col. Et encore un. Le dernier. Les yeux sur la route je compte chaque mètre. Quand j’atterris au village chauffé à blanc, épuisé, misérable, le voisin maçon, bronzé, grand, argentin, descend de voiture et dit: “moi, j’ai fait du vélo électrique à la descente, quelle folie, et arrivé en bas, un type charge le vélo sur une camionnette et te reconduit au sommet de la montagne!”.