Mois : février 2026

Capitale ancienne

Nuit à Antigua dans des rues ven­teuses. Les locaux dressent le col, les touristes se réfugient dans les patios des hacien­das pour manger des Puya­zos (tranch­es de boeuf). Hormis les archi­tec­tures colo­niales et l’ur­ban­isme préservé que cha­cun imag­ine fidèle à ce qu’é­taient, au temps de la ruée vers l’or, les instal­la­tions des Espag­nols, c’est surtout le marché, pro­fond, velu, rem­pli de can­tines pop­u­laires, de phar­ma­cies troglodytes et d’ate­liers de cou­ture qui mérite la visite. 

Montres

Aplo s’ar­rête à chaque stand de mon­tres, vraies ou fausse, essaie, com­mente, demande les prix. Virus trans­mis. Même si, après tant d’an­nées, ma curiosité faib­lit. Séparé­ment, il emporte trois livres pour ce voy­age dont il dira, sur le point de remon­ter dans l’avion pour la Suisse: “je savais que je ne les lirai pas, c’é­tait pour me don­ner bonne con­science”. De mon côté, chaque semaine je rêve que je décou­vre des libraires d’an­ciens aux étagères rem­plies de bons vol­umes, touchant le papi­er des cou­ver­tures, effeuil­lant les pages, goû­tant ce que je vais lire, heureux de dénich­er des inédits aus­si promet­teurs (preuve que cette expéri­ence, encore courante il y a quelques années, devient rare).

Solóla

Aplo devait décou­vrir le lac aux vol­cans d’Ati­tlán. De Solo­la, nous plon­geons vers les berges de Panacha­cel, l’un des faubourgs pacotille les plus touris­tiques du Guatemala, d’abord pour les vacanciers de la cap­i­tale. Sur les sables gris des indi­ennes en cos­tume (qu’elles por­tent habituelle­ment) mélan­gent des Ceviche, pressent des cit­rons-man­darines, gril­lent des épis de maïs. Retour au Makani où j’ai passé de bonnes soirées l’an dernier avec ce Russe de Sibérie redresseur de guest-hous­es. A ma grande honte, je ne remets pas l’employé, un Indi­en tra­pu (ils le sont tous, il l’est encore plus) qui le lende­main de notre instal­la­tion se rap­pelle à mon sou­venir : « je suis Edgar », un type dont Aplo dira : il est extrême­ment gen­til. C’est juste. Nous autres qui nous avons per­du ce réflexe d’aide spon­tanée, de bonne volon­té, de regard porté sur l’autre, regard sans appréhen­sion ni attente. En mat­inée, départ à bord d’une « lan­cha », sorte de bateau-bus pour les villes et vil­lages du pour­tour du lac, et je fais l’er­reur (la petite dame du petit bar de Quet­zal­te­nan­go m’a induite en erreur) de retourn­er à Pedro de Lagu­na, ce vil­lage étagé, à demi-israélien, pleine­ment hip­pie et fréquen­té par le monde des imbé­ciles, blancs-becs sor­tis des guides pour faux aven­turi­ers qui vien­nent manger, boire, hurler et vomir.

Quetzaltenango 2

Dans un petit bar au-dessous du niveau de la rue une petite dame fan d’Ozzy Osborne. Elle passe No More Tears, sert du Rhum à Arto, me sert des Gal­lo, je lui par­le de la mort dans un acci­dent d’avion du pre­mier gui­tariste, de Zack Wylde et de Tony Iom­mi et de la tournée d’Ozzy en Union Sovié­tique. Plus tard Aplo passe du Michel Ponar­eff, moi du Richard Ashcroft. Dans la nuit, tacos sur un stand de rue enfumé avec une mère et son fils, elle âgée, lui âgé, tous deux ivres buvant de l’al­cool fort dans un sac papi­er, le fils s’ex­p­ri­mant ain­si: “la place que tu aperçois ici est un ves­tige de notre révo­lu­tion mais il faut bien com­pren­dre que la munic­i­pal­ité dans un con­texte his­torique de renais­sance du nation­al­isme post-colom­bi­en engage une poli­tique de con­ser­va­tion qui…” tan­dis que la mère qui dévisse de la chaise me jette des clins d’œil pour dire: “vois comme mon fils est intelligent!”.

Langue

Fasciné par l’ig­no­rance de ce régime de parole que l’on nomme con­ver­sa­tion, dis­cus­sion, échange. Dans la cour, et du matin au soir, ce ne sont que cris, injec­tions, appels, onomatopées.

Quetzaltenango

L’hô­tel n’a plus de cham­bre, il pro­pose un apparte­ment Plaza de Sur Améri­ca. Cui­sine, salon, deux salles de bains et qua­tre pièces, le tout à la tem­péra­ture d’un congélateur.