A moto, la canne sur le côté, le fils en croupe, le patron démarre dans la cour. Du balcon, je fais: “Tu vas pêcher?”. Des crevettes, qu’il rapporte en quantité comme tous les habitants de cette côte, des crevettes ici, là, ailleurs, aux étalages et dans les paniers, dans les cuvettes, sur les tables, partout des crevettes, je m’étonne qu’il puisse encore en rester dans la mer. Ensuite le patron me demande: “ça te dérange si je mets la musique?”. Car il ne peut faire son travail, cuire ses frijoles (des pois noirs), préparer la recette qu’il vendra aux camionneurs dès trois heures le matin sur la place de l’église en silence. Donc musique! À un volume que n’envierait pas le stade de Wembley. Pour les fumigènes, il y a la marmite. Sur feu de bois, elle enfume la cour, les hangars voisins et jusqu’à l’église évangélique où chantent les enfants à tue-tête sur commande du prédicateur. Le quartier tremble en rythme, j’enfile mes tampons, je déverse des kilos de glaçons dans le lavabo, j’ouvre ma première Gallo de 720 ml. Cela dure des heures et des avionnettes rasent ma chambre, tout juste décollées de l’aérodrome de San José.