Michatoya 2

A moto, la canne sur le côté, le fils en croupe, le patron démarre dans la cour. Du bal­con, je fais: “Tu vas pêch­er?”. Des crevettes, qu’il rap­porte en quan­tité comme tous les habi­tants de cette côte, des crevettes ici, là, ailleurs, aux éta­lages et dans les paniers, dans les cuvettes, sur les tables, partout des crevettes, je m’é­tonne qu’il puisse encore en rester dans la mer. Ensuite le patron me demande: “ça te dérange si je mets la musique?”. Car il ne peut faire son tra­vail, cuire ses fri­joles (des pois noirs), pré­par­er la recette qu’il ven­dra aux camion­neurs dès trois heures le matin sur la place de l’église en silence. Donc musique! À un vol­ume que n’en­vierait pas le stade de Wem­b­ley. Pour les fumigènes, il y a la mar­mite. Sur feu de bois, elle enfume la cour, les hangars voisins et jusqu’à l’église évangélique où chantent les enfants à tue-tête sur com­mande du prédi­ca­teur. Le quarti­er trem­ble en rythme, j’en­file mes tam­pons, je déverse des kilos de glaçons dans le lavabo, j’ou­vre ma pre­mière Gal­lo de 720 ml. Cela dure des heures et des avion­nettes rasent ma cham­bre, tout juste décol­lées de l’aéro­drome de San José.