Clinique




Médité quelques jours autour du pro­jet de Clin­ique de l’ab­sence de révolte. Lorsque je me décide, je cherche où écrire le texte. Même régime que pour L’En­nui : cinq séances de deux heures. Cette fois je n’ai pas le raison­nement, je ne « vois » pas grand-chose de ce que je veux établir quant à cette révolte, enfin « son absence ». Pour l’En­nui, en juin dernier, j’oc­cu­pais un banc de la cap­i­tainer­ie de Hyères. Des touristes par­tant pour Port-Cros, sur les ponts de voiliers des manœu­vres. La con­cen­tra­tion n’en est que plus forte. Il fai­sait chaud, très chaud. A midi, l’om­bre glis­sait vers l’eau de la Mari­na, signe qu’il fal­lait finir, ren­tr­er à l’ap­parte­ment, retrou­ver Gala. Cet après-midi, je monte à l’église, là, juste au-dessus de la mai­son, la vue est belle, l’en­droit con­vient. Le soir, avant de m’en­dormir, je relis mon car­net de notes. Fatras d’in­tu­itions. Amorces. Rien que je puisse lier cepen­dant. Le matin, réveil­lé plus tôt qu’à l’habi­tude, j’en­tre­tiens un calme de bon aloi et pré­pare de la verveine dans un ther­mos quand l’on frappe au marteau la porte de la mai­son. Le fac­teur. Une recom­mandée. Mau­vais signe. J’hésite à ouvrir. A lire. J’ou­vre. Je n’au­rais pas dû. Un fonc­tion­naire de ville, agent d’ad­min­is­tra­tion de la nature, des forêts, des eaux, des pois­sons et de l’é­colo­gie qui-sauve-le-monde m’adresse une amende de douze mil euros pour avoir con­stru­it avec Evola une tyroli­enne au-dessus de la riv­ière, en bor­dure de Piedral­ma, il est vrai : sur le domaine pub­lic. Mal­gré l’échange télé­phonique avec Evola, que je réveille, qui com­prend, qui ne com­prend pas, dit «  de ne pas s’in­quiéter », ce qui m’in­quiète, je monte à l’église mon car­net vierge en mains, m’assied dans le narthex, regarde en direc­tion des prés où sont encore, mal­gré l’hiv­er et le froid, les vach­es de Rober­to et cherche la pre­mière phrase dont doit découler l’en­tière expli­ca­tion de l’ « absence de révolte » dont j’en­tends, dans l’es­sai, faire la clin­ique. Mais dois vite en rabat­tre. Car sur le banc de pierre je me gèle les fess­es, en out­re j’ai de la farine de morti­er plein le pan­talon, comme il se doit en ce pays, les ouvri­ers, pour ne pas dire les Espag­nols, ne finis­sent pas le tra­vail, ceux-là ont bâclé le chantier. De retour dans la mai­son, je con­state que je me suis enrhumé, que la moitié du cerveau est encom­brée par l’af­faire du clown d’E­tat mandé pour rack­et, que tout le pro­jet d’écri­t­ure se présente dans la plus grande dif­fi­culté au vu de l’én­erve­ment, com­ment tenir le raison­nement sur cinq jours avec ce prob­lème fiché dans la pen­sée ? Et non, je décide de tenir le cap. Prochaine séance demain à midi, dans vingt-qua­tre heures donc. Emmi­tou­flé, je vais retourn­er sur le banc avec ma verveine et pour­suiv­re : voilà pour la révolte con­tre la pesan­teur des gens de la ville.