Apéritif d’anchois, d’olives et de vin dans une station-service de Belchite, le village “musée de guerre” voulu par Franco. Ensuite route à travers les déserts de Teruel. Nous atteignons l’après-midi le village de Muniesa. Posé sur un roc, entouré de cirques, ses maisons pointent vers le ciel. La dernière, celle de Dieu, touche aux nuages. En pente, les rues sont quasi impraticables. Elles tombent comme les robes-cloches des dames de cour. En aval dans une herbe translucide, le rio Reguera Granjeta. C’est dimanche. Les familles digèrent au soleil, des enfant motards font des acrobaties sur la route de traverse. J’en arrête un. Au moment de demander ma direction, je vois que je ne sais pas dire “gouffre” ni même trou (quand il n’est pas au pantalon). “Peux-tu m’indiquer la grotte effondrée?”. Car l’ingénieur en mines Lorenzo, mon voisin d’Agrabuey, comme j’expliquais notre intention de visiter la “trou” d’Oliete a précisé : il s’agit d’une voûte de grotte qui s’est effondrée”. Le gosse motard ne sait pas. Depuis un patio, son parent crie : “la Sima de San Pedro hijo!”. Nous l’atteignons quelques minutes plus tard, elle est au fond d’une vallée qui sent le porc d’élevage. Entre temps la route est devenue chemin, le chemin tracé, el tracé difficile. Gala recommande de finir à pied. Elle attendrait près des élevages. Je gravis par le terrain. Trois lacets et le “trou” est là. Cent mètres de bouche. Autant de profondeur. Ou plus? Je marche sur les lèvres, passe la tête au-dessus de la clôture. Les façades intérieures que lisse la lumière sont ocres et rouges. Une famille m’a précédé sur le sentier de ronde. Elle marche en sens inverse des aiguilles de la montre. Nous nous croisons. Au point d’échancrure, une nacelle permet de s’avancer au-dessus du vide. Elle est interdite. J’enjambe la clôture. Fais quelques pas. N’ose pas aller plus loin. Des oiseaux piaillent dans le ciel. “C’est profond?” demande Gala quand je la retrouve dans le van (portières closes pour limiter la puanteur des porcs). Je ne sais pas. Pas exactement. “Très profond…”, je dis. Et gouffre se traduit “sima”.
Mois : décembre 2024
Aurum
Découvert une succursale Eroski à Puente. Au rayon “bières”, l’étiquette des prix pour un litre de Aurum mais plus une bouteille, l’étagère est vide. La gérante se renseigne. Elle appelle la centrale basque. “Oui, je peux vous avoir 120 litres”. Je me réjouis. En outre je remarque l’affichette “livraison gratuite au-dessus de 90 Euros”. Je donne mon adresse dans les champs. La gérante revient un carnet à la main: “Donc… combien de packs de six litres?”. ” — 20 packs. La gérante sort une calculette, griffonne dans le carnet, hésite, recommence. “Désolé, s’excuse-t-elle… Alors vous aimez cette bière?”. ‑Il y a longtemps que je cherchais de l’Aurum, je la buvais à Bilbao. Vous l’avez goûtée? “Oh, vous savez moi, après le premier litre…”. Mieux fait de me taire, car elle s’embrouille. Eteint la calculette, la rallume. Marmonne des quantités, des prix. ‑Dix fois six litres multiplié par deux, je tranche. Elle rit, sourit: “bon, on va recommencer…”. — Bu trop de bière? Simple plaisanterie. Ne voilà-t-il pas qu’elle me fixe: “nous sortons tous de trois jours de fête…”.