Dans Mystiques: “[] Nous nous moquons des efforts accomplis par une catégorie d’écrivains qui pensent par le choix des sujets et la banalité voulue se mettre au niveau d’une classe d’individus.” P. 45.
Mois : décembre 2024
Budapest
Samedi quand tombe la lumière, autour du marché Lehel dans le district 13. Deux gardes en uniformes, employés privés d’une entreprise privée, patrouillent. Du bout du pied ils réveillent les clochards calfeutrés dans les recoins extérieurs de la halle. Un premier se lève, titube, s’en va. Un autre. Et un couple. La place est nette. Non, il en reste un. Les gardiens insistent. Le clochard se couvre la face, il veut rester, il veut dormir. Les gardiens le brusquent, le soulèvent. Il retombe. Quelles sont ces forces obscures faites police, ce droit imbécile, cette insistance imbécile?
Gumes 2
L’honnêteté est la considération de la nature de l’autre. La force de reconnaître ‑sans besoin de s’accorder- ce qui est autre. Cette honnêteté est le moteur de la civilisation. Elle informe fondamentalement les rapports dans la société, elle construit à travers les temps l’état hors-nature. Difficile à ceux qui honorent cette honnêteté afin de défendre un contrat social humain de se figurer après tant de siècles de gestation et d’efforts que puissent ressurgir en si grand nombre des individus bien nés qui se montrent par calcul malhonnêtes, tricheurs, faux. Et qui moyennant l’importation massive et intéressée d’êtres sous-civilisés, purs vecteurs de démolition, bradent notre héritage.
Gumes
Ne jamais oublier: les criminels des sous-monde sont importés vers le continent d’Europe par des acteurs de pouvoir peu confiants dans leur capacités réelles. Détruire les moyens critiques des sociétés de civilisation en y introduisant des bêtes et de la bêtise rend l’ignoble tâche de contrôle plus aisée.
Voyage
Au-dessus des oliveraies de Jaen, à Despañaperros. Des collines, encore des collines. Des collines piquées d’olivier tous identiques. Le van face crépuscule. Agréable chaleur. Sur l’aire de stationnement parfait silence, grands pins, ombre tamisée. Une bouteille de Valdepeñas. Une aveugle passe avec un chien. Aux informations, des images de neige en Navarre.
Mines
Garé le van au camping d’Aliaga, derrière une chapelle romane. Pour atteindre la réception, il faut rouler sur un pont médiéval ou plonger dans la rivière. Le défilé qui conduit au village minier est flanqué de centaines de corons. Je monte la capote d’hiver sur le toit ouvrant, fais mon lit en haut, Gala dormira en bas. Il y a un bar. En Espagne authentique, il ressemble à une salle de bains. Carrelage blanc, comptoir de fer, bac à glaces et poêle à pellets. Pourra-ton manger ce soir? Oui, mais seulement si vous venez à 20h30 précises. C’est que la dame attend cent personnes. Au vu du local, du silence, de l’isolement, astronomique ce chiffre! Une torche à la main, nous nous rendons au bar à l’heure dite. Porte fermée. A neuf heures moins le quart, moins dix puis neuf heures: porte fermée. Sceptique, je fais à Gala: “elle t’a bien dit pour ce soir? Après tout c’est dimanche… ” A 21h20, une dizaine de clients attendent dans le noir. Nous bavardons. Le clients ne savent pas. Ils ont réservé. Ils font: cent couverts? Ce soir? Oui, c’est posible. Soudain, bruit de moteur. Une jeep traverse la rivière. La patron et sa dame sautent à terre. Ils saluent. Ils ouvrent le bar, sortent du vin, des saucisses… Bientôt cent personnes commandent, chahutent, chantent et rient.