Mois : août 2020

Cocktail

Si je com­prends bien, début sep­tem­bre, les lecteurs et écrivains suiss­es, de même que les Français rap­portés (pour cau­tion) iront comme chaque année jouer la comédie — je l’ai fait avec plaisir, la man­i­fes­ta­tion doit être défendue — sur les quais de Morges, sans qu’ap­pa­raisse au pro­gramme (à véri­fi­er après actes) aucune exi­gence lim­i­naire de débat sur l’aligne­ment poli­tique des esprits sous l’ef­fet des actuelles con­traintes internationales.

Rêve

La nuit, dans les rues de Genève, sur mon vélo, comme je me pré­cip­ite vers un mur de façade pour pos­er mon affiche au scotch, je suis empêché par un Chilien vendeur de gris-gris. J’ap­plique l’af­fiche, dégaine mon rouleau, rec­ti­fie la posi­tion, m’empêtre, hésite. L’af­fiche bique, le Chilien me chu­chote à l’or­eille des his­toires des Andes, me cham­bre, désigne son éven­taire de camelote. C’est la panique: je ne sais plus coller!

Test 2

Autour d’une table en ter­rasse, le soir, au vil­lage, entre mon­tagnes, amis et voisins, à dis­cuter de tout, de rien, quand revient une fois encore la ques­tion des con­traintes, de leur légitim­ité, de leur durée. “Oui, dit celui-ci, chimiste de l’a­gro-indus­trie, on voit bien que cela va rester, qu’une sit­u­a­tion nou­velle est créée, qu’elle s’in­stalle.”
-Et quoi, dis-je?
-Cela dépend de ce qu’ils décideront, répond-t-il.
Je manque m’é­touf­fer, n’en laisse rien paraître, sonde les autres vis­ages: pas de réaction.

Test

-Et si on les empêchait de respir­er, juste pour voir?
-Ah, ah, ah, vous me fer­ez tou­jours rire!

Foi

Emu aux larmes hier et hon­teux de ma stu­pid­ité comme je voy­ais mon­tré dans un film la cel­lule d’une moni­ale cistercienne.

Août 2020 — 2

Pour savoir ce que nous voulons être, savoir ce que nous étions. Aus­si est-il essen­tiel de s’in­surg­er con­tre la relec­ture publique, con­traig­nante, dite morale de notre his­toire per­son­nelle. Jamais des opposants naturels, sim­ples humains de bon sens, n’ont eu affaire, nulle part sur cette planète et en aucune péri­ode antérieure, à un procédé de décerve­lage aus­si retors — inven­té comme tous les fas­cismes par l’homme blanc, unique vivant en capac­ité réelle de puis­sance donc de négation.

Août 2020

Nous serons demain le cimetière des empires.

Agrabuey-vie

Journées étranges. Le monde s’écroule. Au vil­lage, il fait chaud, je nour­ris les hiron­delles, me tiens à l’in­térieur. Au bout de mes réserves, je me résigne, envis­age pour le lende­main une descente en ville,  les cen­tres de nour­ri­t­ure sont à dix-huit kilo­mètres et je prévois, je m’in­quiète, dors mal, ne sachant pas, ne sachant plus, dégoûté, car j’ai peu envie de voir ce qu’il se passe, cette merde de pro­lé­tari­sa­tion, progéni­ture et vieil­lards masqués-abrutis, Tch­er­nobyl. En même temps il faut, je dois,  manger. Puis j’ai com­mandé une fois encore mes 100 litres de bière Skol chez AltoN­avar­ra et auprès de Madame Arto les pilules qui ralen­tis­sent (aug­mentent — pas com­pris) le cœur. Donc je vais, sors ce matin la voiture du hangar munic­i­pal, monte le col, descends en ville, demande ce qu’il me faut, à la phar­ma­cie d’abord, au super­marché ensuite où se tient, der­rière la caisse, masquée, cette belle femme, au car­ac­tère andalou, de yeux blancs immenses. Dès que nous nous apercevons l’un l’autre, nos mains s’agi­tent: com­ment, com­ment procéder? De retour dans la mai­son, je recopie mon dernier livre, OM, ne dors pas la sieste, pas aujour­d’hui, j’ai avalé un steak. Le soir je vais au bar d’A­grabuey où se tien­nent  les voisins, leurs enfants, une ving­taine, courent dans la nuit pour une par­tie de zom­bies, et pré­sumant que je suis fort, comme ils me pro­posent de les retrou­ver le lende­main, moi à vélo, eux iront en voiture, au refuge mil­i­taire, une ascen­sion de 20 km sur chemin empier­ré, je pose ma chope de Mahou, je dis, “pourquoi pas?”.

Bifurcation

Toutes sortes de per­son­nes vous pla­cent dans des cir­cuits de puis­sance pour capter votre atten­tion; cette atten­tion cap­tée vous déviez de ce que vous êtes.

Abyme

Un nom­bre gran­dis­sant de lut­teurs négroïdes en cham­pi­onnat UFC pren­nent le départ du pre­mier round en posi­tion de chim­panzé afin de stig­ma­tis­er le regard blanc sur la race.