Mois : août 2017

Tapis

Peut-être ces prob­lèmes sur­gis­sent-ils, com­muns, peu relevés mais démo­bil­isa­teurs, car je m’empeigne con­tre le bons sens sec­ondaire venu des expéri­ences à vouloir pra­ti­quer le chemin obligé dans les con­di­tions nor­males, par exem­ple pren­dre adresse, acheter des meubles, plac­er son argent dans le tiroir d’une banque, créer autour de soi cette socia­bil­ité qui fait déco­rum, et mon­tr­er en toute occa­sion légitime un vis­age ouvert afin que soient ras­surés ceux qui jugent que ce qui est là con­vient, doit dur­er, ne saurait être bous­culé au nom d’une visée supérieure, fusse-t-elle de l’or­dre de l’essai.

Chaleur

Chaleur ter­ri­ble. Je dis “ter­ri­ble” car aupar­a­vant, jamais je n’ai eu à souf­frir de la chaleur. Cette fois, c’est dif­férent. Ce ne sont pas seule­ment les tem­péra­tures, autour de 35 degrés, mais l’hu­mid­ité. L’air est glu­ant. Pas un souf­fle d’air. La nuit, je m’al­longe le long de la fenêtre. Or, rien ne passe. L’air stagne côté rue. Hier, après six mois secs, enfin il a plu. Deux orages. Ils ont creusé des ornières sur le sable, mouil­lé le quai, rincé les palmiers. Etrange résul­tat: le vil­lage a dis­paru. Les gens ont pris leurs chiens sous le bras, ils sont ren­trés. Plus per­son­ne, à peine quelques voitures. Mais la nuit, même absence d’air,  mêmes tem­péra­tures. Trente degrés. Le ther­momètre ne descend pas. Ce matin, le soleil. Comme s’ils avaient été privés, les vil­la­geois sor­tent tous, la rue est envahie.

Danger

Mark Zück­en­berg, pro­prié­taire de Face­book, dès aujour­d’hui l’homme le plus dan­gereux au monde.

Amérique

La cul­ture améri­caine. Mar­quée par les prob­lèmes de ter­ri­toire. Gan­grenée par la défi­ance et l’a­gres­siv­ité. Or, que voit-on en Europe depuis les années 1990? 

Amérique 2

Léo Fer­ré, évo­quant les poètes, les pein­tres, la cul­ture française lors d’un enreg­istrement pour la télévi­sion… Il s’in­ter­rompt. Puis, d’un revers de la main, l’air dégoûté: après, il y eu la guerre, et après… plus rien, c’est l’Amérique.

Essai

Après une année et demie à com­pos­er page après page l’es­sai sur Les futurs sim­ples de la démoc­ra­tie, il m’est sug­géré avec rai­son par l’édi­teur de pro­pos­er le texte dans une forme plus lit­téraire afin d’échap­per à l’en­nui que ne man­querait pas de sus­citer chez le lecteur l’a­gence­ment démon­stratif des élé­ments de l’ex­posé tel que je l’ai — dans un souci de clarté — voulu. “Inutile, me dit l’édi­teur, de nous rap­pel­er toutes vos con­nais­sances”. A quoi il faut répon­dre que si j’ai cru bon de les rap­pel­er, c’est je ne suis pas sûr de les pos­séder. De sorte que j’ai écrit un livre pour avoir à dis­po­si­tion, noir sur blanc, ce raison­nement que je me tiens à moi-même depuis des années dès lorsqu’il s’ag­it de juger du point de vue le plus général, moral, civil­i­sa­tion­nel, poli­tique, de la sit­u­a­tion actuelle du cap­i­tal­isme. Le tra­vail req­uis pour la nou­velle ver­sion du texte posant le prob­lème de son éventuelle trans­for­ma­tion en un pam­phlet. En effet, si j’ébran­le l’or­gan­i­sa­tion logique des motifs, com­ment ne pas se laiss­er aller à exprimer sans ambages mon humeur.

Délit

Le délit d’opin­ion est instau­ré par ceux qui, détenant le pou­voir, n’ont pas les solu­tions poli­tiques qu’il impose de trou­ver. Renonçant à toute tâche de direc­tion, ils s’ac­cor­dent cepen­dant pour con­serv­er le pou­voir, d’où la néces­sité d’ex­clure la vérité du débat. A peine cinquante ans après la recon­struc­tion démoc­ra­tique, nous voici une fois de plus affron­tés à cette sit­u­a­tion oppressive.

Famille

Sur le park­ing de la plage, une file d’at­tente s’est for­mée der­rière une Seat au cof­fre ouvert. Des grands par­ents aux enfants, je compte huit per­son­nes au milieu des pous­settes, des bal­lons et des chais­es. Une dis­tri­b­u­tion gra­tu­ite? Non, une famille. Au bout d’un quart d’heure, tout le monde trou­ve place, la voiture démarre.

Jeu

Dans le bus, assis der­rière le chauf­feur, cet ado­les­cent qui tient à la main un écran sur lequel il joue à un jeu automobile.

Axarquie

Bon­heur de se promen­er au marché du vil­lage, d’en­ten­dre les com­mères négoci­er les tomates et les mangues, et ces dames qui étirent des culottes dans la lumière crue du soleil pour juger de leur taille tan­dis que les maris siro­tent des cognacs aux ter­rass­es. Dans tout cela, une sim­plic­ité et une bonne humeur que je ne retrou­ve dans aucunes de nos villes du nord per­clus­es d’ar­gent et de doutes. J’al­lais acheter des shorts. Un cou­ple brasse un mon­ceau d’habits que se dis­putent déjà d’autres clients et en tire trois mod­èles des meilleures mar­ques. Payé le tout 11 euros. Puis chez le céramiste pour acheter des faïences, enfin chez le gitan pour les auto­col­lants de la légion. Sur le retour, je prends mes bières hol­landais­es, désor­mais ven­dues en bouteilles de verre quand l’habi­tude se généralise dans la grande dis­tri­b­u­tion de nous ven­dre l’ex­cel­lent liq­uide dans des con­tenants de plas­tique. Il  y a du monde partout: le long des trot­toirs, chez les trente coif­feurs, sur les toits et autour des bars, dans les choco­la­ter­ies et sur les échafaudages, se hélant à dis­tance, prenant des nou­velles les uns des autres. Une société à l’équilibre.