Contre l’Allemagne

Pour autant que les réquisits poli­tiques du moment ne con­traig­nent pas l’analyse, l’his­toire retien­dra que la prési­dente Angela Merkel a con­tribué à anéan­tir l’ef­fort psy­chologique de recon­struc­tion com­mencé par les Alle­mands dans les ruines de l’Hitlérisme. Ce que je peine à com­pren­dre, c’est com­ment cette femme de l’est, adepte du réal­isme, a été retournée. Car pour ce qui est de se ven­dre, elle s’est ven­due. A con­sid­ér­er sa longévité poli­tique, on peut émet­tre l’hy­pothèse qu’elle a trahit le peu­ple alle­mand con­tre la promesse d’oc­cu­per une poste directeur à un niveau supra­na­tion­al en cas d’aboutisse­ment du pro­jet de la mon­di­al­i­sa­tion. Un pari certes hasardeux, mais qu’il faut pondér­er avec l’é­tat d’a­vance­ment d’une car­rière qui bute sur sa pro­pre lim­ite con­sti­tu­tion­nelle. Son appel aux immi­grés illus­tre la pri­or­ité don­née par les États de l’U­nion à la préser­va­tion des insti­tu­tions sur la défense de l’in­térêt col­lec­tif. L’im­por­ta­tion mas­sive d’in­di­vidus prélevés sur les stocks les plus mis­érables d’un tiers-monde fatigué par un libéral­isme arbi­traire dis­crédite toute idée de sol­i­dar­ité nationale dans les vieux pays d’oc­ci­dent; elle ren­force les prérog­a­tives de l’ad­min­is­tra­tion et aug­mente ses rangs; elle appau­vrit la classe moyenne; elle enri­chit les ban­ques en accrois­sant les prêts; elle men­ace les revenus de la classe laborieuse.
Au lende­main de l’at­ten­tat de Berlin, la prési­dente con­firme son dou­ble jeu. Exal­tant les ver­tus démoc­ra­tiques, elle en appelle à la résis­tance con­tre la bar­barie. Elle qui vient d’im­pos­er sans con­sul­ta­tion deux mil­lions d’é­trangers à son peu­ple. Elle qui a exigé des ser­vices policiers quelques heures après l’at­ten­tat un ren­force­ment général des dis­posi­tifs et lancé un pro­gramme de vidéo­sur­veil­lance urbain.
Enfin, pour pré­par­er les phas­es prochaines du man­dat qu’elle rem­plit pour le compte des marchands, elle répète que les réfugiés de guerre — selon le dis­cours offi­ciel, prin­ci­pale­ment des familles avec enfants — doivent être accueil­lis sans préjugés alors que chaque citoyen con­state de visu  que ces étrangers ne fuient pas des théâtres de guerre, sont des hommes et sont déplacés par des maf­fias sur la foi d’une promesse de prospérité facile.
Un tel cynisme dans le posi­tion­nement poli­tique dépasse les tech­niques de manip­u­la­tion tra­di­tion­nelles. Dans un monde net­toyé de ses repères, la nou­velle donne con­siste à créer un événe­ment aux retombées inter­na­tionales puis à dire ce qu’il n’est pas pour le met­tre au ser­vice d’une visée exclu­sive.
Il est aisé de voir qu’à ce jeu-là, toutes les par­ties en mou­ve­ment, immi­grés issu des pays en voie de dis­lo­ca­tion et peu­ples occi­den­taux poussés à des com­porte­ments con­tre-nature, sont perdants.