Retour dans l’appartement espagnol. Le temps est superbe. Un ciel profond, une mer scintillante. Dès le soir cependant, l’air est frais. Et comme nous vivons sous un toit défoncé, l’humidité attaque les murs. Hier, je me mets au lit à minuit. Je n’ai pas froid. Pas vraiment. Mais je n’ai pas chaud. Je remonte la couverture jusqu’au menton, cherche le sommeil. Dès que je m’endors, je rêve que je suis dans mon squat, celui des Eaux-Vives, couché sur la palette de chantier qui pendant dix ans m’a servi de sommier. Puis je sors dans la rue et ne peux plus regagner ma chambre: les murs glissent, des câbles électriques flottent en travers des fenêtres. Olofso vient à mon secours. Je pousse un cri et me réveille. Telle est la mémoire du corps, absolue. Il y a longtemps que je n’avais pas eu froid dans un lit, mais le corps se souvient: il pointe immédiatement sur la période de la vie qui correspond à cette sensation.