Club III

Ini­ti­a­tion à la planche à voile. J’y emmène Aplo. Le maître est blond, grand, plein de cheveux, il par­le alle­mand et anglais, plaisante et compte dans dix langues. A même le sable, il explique la manoeu­vre.
- Voilà, c’est à votre tour! Approchez, formez un cer­cle! N’ayez pas peur, nous sommes tous débu­tants ici!
Une voile à la main, nous devons trou­ver le point d’équili­bre. Puis il nous remet à cha­cun une planche, nous met­tons les planch­es à l’eau, nous mon­tons sur les planch­es, tombons à l’eau, tenons, et quand nous sommes prêts, il nous prie de ramen­er le matériel.
- Approchez!
Il donne les prix des cours.
Lorsque le groupe se dis­perse, je demande le prix de loca­tion à l’heure.
- Vous avez déjà fait de la planche?
- Je fais du surf.
- Oui, mais ici, il s’ag­it de planche à voile, ce n’est pas pareil? Vous avez une licence? Je peux la voir? Dans ce cas, je ne peux pas pren­dre le risque.
Aplo et moi fixons la mer. Un mètre d’eau claire, fond de sable, vent nul.
Il y a dix ans, à l’ex­trême sud de Bali, sur la presqu’île de Buk­ti, je loue un surf. Je demande au garçon de m’indi­quer les récifs de coraux. Il gri­bouille dans sa main trois cer­cles et m’indique les couloirs à emprunter pour rejoin­dre la ligne des vagues. Je rame vingt min­utes, atteins le courant, essaie de surfer, tombe, ne retrou­ve plus le couloir, passe sous les vagues, vois les requins. Plaqué sur la planche, nageant du bout des doigts, inondé d’éc­ume, je reviens en cat­a­stro­phe, pri­ant pour ne pas bas­culer au-dessus du corail.
- Ah, vous avez vu les requins? Oui, ils vien­nent par­fois chas­s­er près de la plage, c’est des requins blancs, mais pas des adultes.