Souvenir net de l’enchantement ressenti à se promener seul dans les rues de la grande ville. Conjointement, perte de cette faculté, faute de disposition, peut-être d’esprit; à moins que la ville nouvelle, plus synthétique que dans le passé, désormais se refuse. Maintenant que les problèmes d’argent liés à la liquidation de l’entreprise diminuent et limitent la pollution intime, je tenterai de renouer avec ces divagations. Seule expérience récente en ce domaine, Détroit. Mais une agglomération aussi dénuée d’histoire ne peut produire l’effet de nos capitales du premier monde. Quoiqu’il en soit: mes parents ont fait l’année de mes douze ans un travail de libération dont je leur sais encore gré en m’envoyant me balader seul dans Madrid les mercredis, jour où nous n’avions pas école. Monter dans un bus après le repas, je roulais vingt minutes pour atteindre l’arc de Triomphe de la Moncloa après quoi je n’avais plus qu’à marcher au hasard des rues ne m’arrêtant que pour demander un verre d’eau aux comptoirs des bistrots.
“Berrea” 2
Monpère m’apprend que pour la femelle, plutôt que ‘brâmer’ l’on dit ‘réer’ . Ce que le dictionnaire ne confirme pas. Il indique en revanche que ‘brâmer’ serait la forme vieillie, ‘raire’ ou ‘réer’ la forme moderne qui vient à la fois de ‘créer’ et de ‘crier’. Également appris un autre mot hier, en espagnol cette fois: la louche de cuisine m’explique María se dit ‘cazo’. Le paysan corrige: “ici, nous disons ‘cuillera’ ”. Je fais remarquer que le premier village français est à quarante kilomètres. Ce matin, je vérifie. Pas trace de ces mots dans la dictionnaire. L’Académie enseigne que l’on dit: ‘cucharón’ ou ‘cacillo’. Ce qui me rappelle que j’ai promis il y a trois ans à un habitant de Savigny de frapper à sa porte dès que la fausse épidémie aurait pris fin pour qu’il me montre sa bibliothèque de patois vaudois. Je me réjouissais, puis j’ai oublié. Maintenant je regrette. Je me demande cet homme est toujours vivant.
Amusement
Les adultes s’amusent avec les enfants comme des enfants. Je ne dis pas “ils amusent les enfants” mais bel et bien “ils s’amusent”. Ce qui me laisse interdit. Que l’on ait soudain l’envie de faire le pitre, je comprends: échapper à la pesanteur soulage. Mais que cela dure et se répète? Que l’on y prenne un long plaisir?