Faut-il viser la complétude ou accepter l’incomplétude? Ce rôle second que l’homme s’attribue dans la création par rapport Dieu, avec le statut nécessaire d’incomplétude qui l’accompagne, est à la fois la condition de la sagesse chez le croyant et fondement de la liberté chez l’incroyant. Mais le croyant pas plus que l’incroyant ne se pense en dehors du couple de concepts “complet-incomplet”.
Sans recul pas de critique, sans place pas de recul. Ceci pour les villes, lieux de densité: on ne “sort” pas de Paris. Donc on voyage. Le voyage à grande vitesse et haute dose (et bas prix), l’inverse du recul. A 5 mil kilomètres de chez moi, on me dit que je suis chez moi. Les autochtones sont payés pour que je le constate: je suis chez moi. C’est eux qui ne sont plus chez eux. Ils ne le diront pas. Ils sont payés pour se taire. Leur perspective, leur recul, leur capacité critique est hypothéquée.
Genève, ville paupérisée. Personne ne s’entend. On travaille et on dépense, mal. Il faudrait des vendeurs et des acheteurs qui parlent la même langue. Il n’y en a pas. Cent langues. Autant de coutumes. Une fosse. Il y en a qui s’en félicitent. C’est qu’il en font métier: toujours l’intérêt.
Dans le quartier de villas. Le voisin installe une balancoire pour ses enfants. Structure en tubes à monter soi-même. Empattemnents bleus, barre centrale rouge, balanciers jaunes. Le carton sur le côté, protégé de la pluie. Récupération, le jeudi. Même balançoire que dans le Gers à 1000 kilomètres de Genève, même balancoire qu’à Fribourg chez ma mère, même balancoire que dans mon jardin, même balancoire que les voisins du presbytère qui pourtant n’ont pas d’enfants.