En militant pour l’optimisme, on trahit son désarroi et on prouve son courage. L’artiste qui pose le pessimisme en principe, sauf à succomber, en disserte avec joie. Certains succombent: au bout de quelques livres, faute de pratiquer le cynisme, le souffle manque et ils étouffent.
Sur la plage de Guardamar des gitans créent des châteaux de sable impeccables. Ils y travaillent tout le jour. Vaporisateur de colle d’amidon, palettes, truelles, pinceaux fins sont leurs outils. Le soir les bourgeois qui défilent sur le quai, en surplomb de la plage, jettent des pièces. A la nuit, les gitans se roulent dans leurs sacs de couchage.
Le rêve fait, je me le raconte. Je suis dans un état de demi-sommeil. Or je commence à me le raconter couché sur le côté droite. Au milieu du récit, au milieu d’une phrase pour être précis, je me tourne sur le côté gauche et là, plus rien. Incapable de savoir ce qu’était le rêve. Comme si, en dépit des yeux fermés et de l’immatérialité du rêve, il existait un point de vue, une sorte de point de vue mental.
Dormitez monte l’escalier. Deux ans que je ne l’ai pas vu. Il tremble. C’est désormais visible de loin. Sa main devant lui. L’autre tient un livre. A la couleur de la jaquette, je devine qu’il s’agit de littérature espagnole classique, c’est son domaine, mais je suis surpris de le croiser à l’université, dans un dernier message il écrivait: je suis à la retraite.
- Il y a toujours quelque chose à vérifier. Et vous? demande-t-il aussiôt.
Une fois de plus, je me fais piéger: je réponds. C’est sa façon pour ne rien dire, pour ne pas parler de lui. Modestie, gêne. J’explique que je rentre d’Espagne. Il a neigé sur les collines de Castille et nous sommes descendus au sud. Deux heures plus tard, je nageais dans la mer.
- Vous voyagez tellement!
J’aimerais l’inviter, mais je sais que cela le gêne. L’idée qu’il puisse se sentir gêner, l’empêche par avance de profiter de cette invitation. Je connais ça. Nous nous saluons. Il s’en va, passe la quadruple porte de la bibliothèque. A la réception, tout sourire, il tremble. Les mains mais aussi la tête.