L’é­tape supérieure du pro­jet immo­bili­er occi­den­tal con­sis­tera à ranger les familles dans des armoires.

Céder la place est ce qui pour­rait arriv­er de mieux, mais si nous sen­tions le besoin de le faire, nous n’au­ri­ons plus besoin de le faire: les ressources seraient là.

Il y aura encore des belles pen­sées, mais elles ne seront pas le pro­duit des indi­vidus, moins encore des sit­u­a­tions. Elles nous effleureront. La plu­part croira à un courant d’air.

Le pro­jet secret de l’E­tat est de nous dés­ap­pren­dre à agir seuls.

Ce qu’on admet pas, c’est qu’il n’y a rien à faire. La con­di­tion s’améliore — sans fin. La frus­tra­tion demeure. Hon­or­er la vie, c’est ça — vivre. Le mal vient de la représen­ta­tion de la fin. Plutôt, de cette incon­gruité: un état final et vivant.

Le mur qui monte et l’échafaudage sans lequel il est impos­si­ble de mon­ter le mur. Et chaque jour se lever plus tôt pour arriv­er au som­met de l’échafaudage, et chaque jour arriv­er plus tard au pied de l’écha­u­faudage où sont les vivants de la famille. Cepen­dant, lorsqu’on aligne les briques, le ciel est en face, comme au pre­mier jour.

Tout est dans la dépen­dance. Ne pas dépen­dre. Aider. Le poli­tique est par principe la fig­ure inessen­tielle: il dépend de tous.

Quand tous les actes ont été con­som­més une pre­mière fois, les saveurs sen­ties, les car­ac­tères perçus. L’hori­zon se vide. Il faut atten­dre. Il va se remplir.

Et quand je ren­tre, l’oeil glauque, les jambes coton­neuses, ma femme se promène dans le jardin avec une bouteille de Cham­pagne et un plat de foie gras, me retourne, embar­que les enfants, nous pousse chez le voisin — lui et d’autres dévoués ont rechargé la bat­terie de sa voiture dont elle a lais­sé les phares allumés. Elle dis­tribue les carottes à éplucher, rem­pli des bols de cac­a­houètes, ren­verse le poulet, hâche la corian­dre, exige d’un bre­ton qu’il débouche le vin. Il fait nuit dans le vil­lage, la pluie martèle sur les toits, la fatigue pèse, c’est lundi.

Par com­bi­en d’hommes cha­cun a‑t-il le courage d’être détesté?