Les morales con­traintes, fauss­es, légères, les morales d’ap­pa­rat fondées sans rap­port à la tran­scen­dance aug­mentent nos pul­sions, nous tour­nent comme des girou­ettes, au final lais­sent le coeur exsangue. En elles l’e­sprit se résorbe.

La folie est partout, Plus une activ­ité dont le mod­èle ne soit fou, c’est pourquoi il est malaisé de s’en apercevoir. Rel­a­tive­ment, on ne peut pas ou mal.

Si on vous dit d’a­vancer, reculez. Si on vous dit de reculer, reculez. Si on vous dit de par­ler, taisez-vous. Si on vous dit de vous taire, taisez-vous. N’a­vancez, ne par­lez que seul à seul.

Les textes clas­siques qui nous vien­nent du passé auraient pu être autres si d’autres textes — ceux qui ont été détru­its et per­dus — nous étaient venus du passé et alors notre cul­ture eut été autre. Nous dépen­dons autant de la créa­tion que de la destruction.

Jumelles rogues de Seyssel. Elles ont qua­tre-vingt ans à elles deux. Le cheveu ras, l’ac­cent braqué, elles par­lent pour la rue qui d’ailleurs est vide. Seize heures. Devant galopent leur chien. Il va vers le pont du Rhône. Sous la stat­ue de Notre-Dame, un mètre et quelques de plâtre, les arabes. Arrêtés, pan­tou­flards, ne fument pas, ne boivent pas, ne font rien, ne sont pas grand-chose. Sont là. Du côté de l’Ain, la boulan­gerie Bour­geois. La patronne, bonne femme blonde, prospère et souri­ante, a grossi. Plus loin, dans sa suc­cur­sale, le ban­quier en jeans. D’habi­tude il explique à un client com­ment intro­duire une chèque dans une enveloppe ou dans quel sens il faut tenir sa carte. Lorsque je retourne dans la rue, ma dent réparée, je croise encore les jumelles. En voiture cette fois. Il s’ag­it d’une voiture blanche sans pare-brise dont l’al­lure rapelle une auto-tam­pon­neuse. Cha­cune avec un tatouage au biceps. Sur la ban­quette arrière le chien.

Par­ti à véo chez le den­tiste de Seyssel, je tra­verse l’A­ma­zonie et décou­vre dans les par­ages de la mai­son ce que cent tra­jets en voiture n’ a pas révélé. Affaire d’outil.

Plutôt que le salaire uni­versel, le tra­vail obligatoire.

Grandes con­férences inter­na­tionales. Grandes par le nom­bre de par­tic­i­pants, et coû­teuses. L’une finie, l’autre com­mence. Grands pro­grammes, annon­cés à la radio, résul­tats tus, peut-être nuls. L’ar­gent? pris dans les poches du père de famille, levé tôt, par­ti en car, dans une voiture ou en métro, revenu tard et déposé dans une caisse, laque­lle ali­mente des comptes que gèrent ‘autres pères de famille, fonc­tion­nar­isés, les fess­es con­tre un radi­a­teur, la résig­na­tion au front. Au bout, sur le lieu des con­férences, des délégués bien mis, diplômes fairts, classeurs sous le bras. Pareille­ment rés­ingés, ils atten­dent l’heure de boire, manger, dra­guer: eux aus­si aiment le sim­ple. Dégéneres­cence de tous les sys­tèmes. Les total­i­tarismes se met­tent en place dans la grandeur.

Les oiseaux revenus et en quelques jours, les fleurs. Le labour a éparpil­lé les graines, à d’autres endroits du jardin des formes com­mu­ni­antes: ronds, lignes, fleurs blot­ties aux pieds du poiri­er. Avant le mon­tée du jour, les voitures qui passent sur la route sont sus­pendues dans le noir et man­quent tomber sur l’église.

Moins de sourires, sourires reportés sur des vis­ages cos­mé­tiques. Vis­ages de comé­di­ens par exem­ple, au ser­vice du sourire. Le sourire ne ren­voie plus à son occa­sion, il devient un signe.