Que la société ne trouve pas d’utilité à ses écrivains, c’est avéré: elle en fait des pantins ou des marchands de livres. Aucune importance. Que l’écrivain trouve une utilité à être écrivain suffit. Le pathétique c’est quand l’écrivain se juge inutile parce qu’il n’est pas un bon pantin ou un bon marchand de livres.
Sur le parking d’un supermarché de Ferney un clochard aide les automobilistes à se garer.
- Merde.
D’ailleurs il n’y a pas de place.
Tout de même j’en trouve une. On me collera une amende. Au clochard:
- Casse pas ma voiture.
Je m’en vais.
Chez Telecom on me dit “qu’il y a vingt minutes d’attente.” Vingt minutes plus tard: “que la compagnie ne peut rien faire si la ligne pour laquelle je paie ne fonctionne pas”, “que la compagnie ne peut pas m’appeler sur mon téléphone portable: c’est interdit par la compagnie”, “qu’il ne faut pas que je m’énerve”, “que je ne peux pas rappeler la compagie de téléphone parce qu’elle ne répond pas au téléphone.“
Je sors.
Au fond de ma poche je récupère la ferraille: pièce de 2, de 5, de 10, de 20, cherche le clochard — il s’est déplacé — et lui donne toute la poignée de pièces. Il a vingt ans, regarde dans le creux de sa main, hésite à accepter.
- Qui a enduit la façade?
- Pas moi, répond le gars qui maçonne le seuil de l’église, je suis bénévole.
- Ah.
- Oui, et je demande 15 euros l’heure si ça peut vous intéresser.
- Pourquoi pas? Votre nom?
- Duparc. Je ne bois pas, je ne fume pas et je n’ai pas de portable.
Le type à les yeux bouffis d’alcool, le cheveu fourché et rare, une dégaine à ventre.
A celui qui professe des certitudes, il faut un bouc-émissaire. Rejet qui lui sert d’idéologie. C’est la pomme qui croît autour du pépin. Il sait que le monde ne peut être forcé, qu’il déborde, mais ne veut l’admettre. Ce n’est pas de la politique, c’est une inclination du caractère produite par la peur.