Ce qui surprend ce n’est pas tant que les hommes politiques veuillent obtenir et conserver le pouvoir, c’est qu’ils considèrent comme pouvoir ce qu’ils obtiennent et conservent.
A défaut de génie de Nourrissier avant d’éteindre et de chercher le sommeil. Aussitôt rêve d’une lecture publique : j’hésite devant la page de mon propre livre, ne peux déchiffrer les mots, les phrases et impatiente le public. Je m’excuse: les situations sont dessinées et il me faut interpréter chaque dessin pour saisir le sens général. Réponse inconsciente à la syntaxe en circonlocutions de Nourrissier.
Equerrage de la salle de bains. Brouillé avec la mathématique, ce depuis mes 12 ans. Le plombier et le chauffagiste, perplexes après que j’ai signalé une cloison asymétrique, cherchent l’erreur. Cherchent à la théoriser. Nous dessinons au sol, contre les murs. Ils prétendent que j’ai tort, je tiens bon. En fin de compte, par le raisonnement, nous trouvons 20 centimètres d’ouverture à rectifier.
Les Roumains (bien qu’il y ait deux polonais dans la nouvelle équipe). Depuis qu’ils savent quel salaire je paie à l’heure, en plus de travailler avec force, énergie et décision, travaillent le sourire aux lèvres. A ce prix-là, ils démoliraient la maison pour le plaisir de la reconstruire. Les chantiers que je désigne (crépi, chape, murets, marches, dallage, peinture…) suscitent une réponse invariable: “pas de problème”. De fait, comme je m’absente pour répondre au téléphone, les voici à l’oeuvre. Débarqués d’une petite auto samedi matin à 8h30, repartis ce dimanche à quatorze heures, ils ont cumulé 45 heures de travail. La semaine ils font leurs 50 heures dans le bâtiment, le week-end ils transforment ma maison en palais rustique.
En dépit de la disparition de Gala (une de plus), journée de parfait bonheur avec les enfants dans le Jura proche que nous parcourons à deux voitures, au milieu des bois torturés et par un beau soleil, pour gagner dans le Bugey une ferme modèle où sont assemblées mil chèvres que nous ne voyons pas, l’éleveur étant, le dimanche, tout à son foyer et à son horaire de repos, heureux de vendre ses fromages, mais ne cédant nullement devant les regards suppliants de nos quatre enfants qui aimeraient voir le troupeau. Et l’éleveur monte faire sa sieste dans sa villa au crépi juste séché tandis que M. m’aide à traîner dans la paille, contre la petite façade de la ferme, où nous serons abrités du vent, la table de pique-nique sur laquelle nous déballons des pommes, du pain, les fromages et des amaretti de Modane.
Les Roumains, en force, ce samedi, dans la maison, dès 7h30. Hirsute, je vais au café quand Marius m’annonce qu’il leur faudra du travail car le carrelage qu’ils prévoyaient de finir sur deux jours sera fait d’ici midi. Je cherche en mâchant des tartines. Puis je désigne des chantiers: maçonner le bas-mur de la véranda, paver 80 m² d’allées, couler une chape dans la salle-à-manger… La réponse invariable de Marius, “pas de problème”.