Ecrire n’est pas une façon de vivre. C’est vivre d’une cer­taine façon. Le temps change de des­ti­na­tion. On existe moins pour le con­cert ami­cal et social, on creuse son abri et pro­duit des couch­es. Les bruits du monde s’éloignent, devi­en­nent plus proches, pénètrent le coeur.

Leçon d’es­pag­nol avec les enfants. Le bon­heur se lit sur leurs vis­ages à l’ap­pren­tis­sage de la con­cen­tra­tion. Ils se con­cen­trent pour plac­er dans al phrase des mots et des verbes que je viens de leur appren­dre et y parvi­en­nent. Pas de jeu péd­a­gogique. Des règles, leur appli­ca­tion, et con­stater que cela fonctionne.

La voiture a fini dans le fos­sé. Ils ont ouvert les por­tières et se sont sen­tis libérés.

Drunk­en let­ters de Bukows­ki. Le génie sans rap­port avec le pro­pos. Il ne dit que des conneries.

Cri­tiques généreuses et fouil­lées de bons lecteurs, des écrivains d’abord. On se sent à par­tie. J’ai les plus grands doutes sur la valeur d’ Ogro­rog. Avant, comme après. Mais ces cri­tiques me mon­tent le moral. je les lis et je les remer­cie. J’ai cepen­dant en regard quelque chose de loin­tain qui — j’ai com­pris ce que vous étiez, j’ai vu votre trace.

L’au­dace nuit à la sta­bil­ité sociale, donc à l’é­conomie. Elle doit être pénal­isée ou traduite dans un oeu­vre, trans­fert anesthésique.

Atter­ré à la lec­ture du motif qui fait écrire à un ami sa pièce de théâtre. Un dupli­ca­ta putassier du prob­lème de l’im­mi­gra­tion tel qu’il est digéré par les médias au prof­it du men­songe d’E­tat. Quoiqu’on pense, sans béquilles.

Le vrai chô­mage est l’im­pos­si­bil­ité de faire prof­iter la société de ce qu’on sait et peut. En ce sens, nous sommes tous chômeurs.

Ecrire met en dehors de soi, et plus on avance plus on prend de la dis­tance. D’abord, on peut pos­er la main dans son dos, don­ner de petites tapes raisonnables, se diriger, et puis on est divague, le paysage s’al­longe, se perd aux con­fins, on est seul. Et les autres sont là. Eux n’ont pas bougé. A qui on a plus rien à dire. La souf­france. Mais que faire? On marche. Dans al direc­tion que trace les idées pre­mières. On aug­mente la dis­tance. Le prob­lème grandit.

L’av­o­cate me dit:
- Mais com­ment, vous ne regret­tez pas? Vous devez faire péni­tence, adopter un pro­fil bas, acqui­escer lors du pro­pos aux phras­es du juge, baiss­er les yeux devant le pro­cureur.
J’ai beau lui oppos­er qu’elle tra­vaille la morale non le droit…