Nour­ri­t­ure bas de gamme des étu­di­ants de Fri­bourg  dont les cir­cuits de puis­sance — de la Gare à Pérolles et de la Gare à St-Michel — sont ponc­tués de kiosques à kebab, ham­bur­guers, pani­nis et piz­zas. Sous mes fenêtres, une vente de pâtes que les étu­di­ants dégus­tent debout à même un gob­elet. Rançon de ce com­merce, le jeune homme qui en est le pro­prié­taire con­duit un coupé Mercedes.

Méth­ode d’écri­t­ure enseignée par Alain à ses élèves qui con­siste à ne jamais se repren­dre et à cor­riger sa pen­sée dans la suite du dis­cours, méth­ode appliquée  par Simone Weil, dit-on, dans la rédac­tion de ses essais.

Pré­cip­ité dans un couloir tapis­sé de souriceaux que j’écrase lorsque je pose pied. Je gagne la porte opposée et tombe dans une riv­ière tumultueuse. Soudain un mécan­isme inverse le courant et une vague de merde me propulse aux bras de mon amoureuse vers l’a­mont où m’ac­cueille un archipel minia­ture faits de criques. Je nage alors sans entrain, découragé par l’é­ten­due des lieux et le désagréable sen­ti­ment d’ex­plor­er les pages d’un prospec­tus pour touristes.

Pou­voir, ambi­tion des faibles: ne serait d’au­cun souci, s’il n’avait à s’ex­ercer sur les forts.

A mes yeux l’Es­pagne a longtemps été le pays des ter­rains vagues, des ter­res brûlées et des hameaux,  des par­celles vides et des pâtures sans bétail. S’y ajoutent aujour­d’hui les chantiers arrêtés. Ces espaces com­mu­niquent un fort sen­ti­ment de lib­erté. Dès l’age de douze ans je plaçais plus haut que tout autre loisir la prom­e­nade à tra­vers ces lieux et les mer­cre­di, jours sans école, j’a­chetais des bon­bons pour inciter mes amis à me suiv­re jusque dans ces par­ages où je les égarais. Pour quit­ter un vil­lage en Castille, il suf­fit de suiv­re une rue à son terme: à la dernière mai­son com­mence la nature. Je sus­ci­tais alors une dis­cus­sion et nous allions ain­si pen­dant des heures, per­son­ne ne songeant à ren­tr­er à la mai­son, où il eut fal­lu inven­ter un jeu, ce comble de l’ennui.

Songer que les efforts de mise, de maquil­lage, de tenue, les efforts de présen­ta­tion que nous réal­isons por­tent sur quelqu’un que nous ne pou­vons voir — nous-même — laisse perplexe.

Tu es seul.
Tu vas mourir.
La société veut que tu devi­ennes ce que tu ne veux pas devenir.
Pense.
Deviens qui tu es.

Qu’on imag­ine une souf­france que ne pour­rait soulager la mort.

Dans une grande mai­son vide un télé­phone se met à vibr­er, il tombe de la table sur laque­lle il est posé et vibrant se promène dans la maison.

Ce que l’homme mau­vais peut obtenir par le coup-mon­té c’est de l’ar­gent et du pou­voir — de l’il­lu­sion. Ce qu’il ne peut obtenir, c’est l’homme. Il se met à dis­tance de lui-même. Le prob­lème est que sur cette dis­tance il sème des ombres dans lesquelles les autres hommes se noient.