Tour 2 (suite)

Et les mil­i­tants de la nature, si longtemps méprisés par le marché, soudain appelés sur scène, qui se pré­cip­i­tent, se met­tent au service.

Tour 2

L’é­colo­gie util­isée comme moyen de ter­reur pour bal­ay­er les ves­tiges de la démoc­ra­tie, le principe est inouï. Si j’é­tais anti­sémite, je dirais: ces Juifs sont extraordinaires!

Tour

Le mau­vais tour de magie des idéo­logues d’E­tat est con­nu: faire pass­er pour préjugés ce qui est vérité de con­stat (l’af­flux d’én­er­gumènes du tiers-monde serait prof­itable). Ils hon­orent au prix du déni leur con­trat moral, anéan­tir la cul­ture pour dur­cir le règne des commandeurs.

Culture

Que de bêtise aura pro­duit la société américaine!

Enfants

Emus par ces enfants sur le chemin de l’é­cole, comme déjà je l’é­tais par les miens, qui débar­bouil­lés, habil­lés et coif­fés, en tout obéis­sant, sont per­suadés que c’est là le tout de la vie.

Puces

Au marché aux puces, sur l’aire de la Foire de Mala­ga qui avec ses façades de car­ton-pâte ressem­ble l’hiv­er à un vil­lage Potemkine. Le marché est divisé en trois sec­tions: les puces, les habits, les fruits-légumes: je ne con­nais pas d’en­droit moins cher sur le con­ti­nent. Un poignée de pièces et il vous faut des valis­es pour emporter vos achats. Deux kilos de tomates, Fr. 1.-., le kilo d’ail moitié moins. Des chaus­settes de sport? Six paires pour Fr. 2,50. Ain­si de suite. Pour­tant les gens hési­tent, négo­cient, com­par­ent. Les moyens sont pau­vres, la clien­tèle pré­cap­i­tal­iste, les vendeurs à la lim­ite du muleti­er-char­reti­er nomadis­ant, mais de toutes les scènes vécues ce dimanche, je retiens cet homme qui con­sid­ère la boîte à bis­cuits qu’il tient dans la main droite. Quelques pièces anci­ennes, à demi-rouil­lées, s’y baladent. Un œil à la paume de sa main gauche où il a ses sous. S’il achète, est-ce qu’il en aura pour son argent?

Grave 6

Les deux fois, juste avant de mourir, j’ai pen­sé: les enfants vont bien, j’ai fait ce que j’ai voulu, pourvu qu’il n’y ait rien après la mort.

Grave 5

Le moni­teur auquel je suis relié s’est embal­lé, une sirène a reten­ti. Dans l’aquar­i­um les infir­mières se sont agitées, les médecins ont accou­ru. La pres­sion car­diaque venait de pass­er de 62 à 157. Tous se tenaient en silence devant le lit. La pres­sion est redescen­due à 70. Le médecin s’est essuyé le front: “ça vous est déjà arrivé?”. Oui, déjà ado­les­cent. A leur tête, j’ai com­pris: je venais de réchap­per pour le deux­ième fois en quelques heures. 

Grave 4

Aux soins inten­sifs. Trente six-heures sur le dos, les yeux à fix­er une bouche d’aéra­tion cir­cu­laire. L’équipe des infir­mières me dit: “ils ont pu vous sauver car ils se tien­nent der­rière une caméra et fil­ment les arrivants dans le cen­tre de tri, c’est là qu’ils ont remar­qué que vous alliez y pass­er. C’est un infarctus.” 

Grave 3

Au tri des urgences. Les autres patients ont l’air d’at­ten­dre, de pou­voir atten­dre, ils par­lent, ils regar­dent, ils sont accom­pa­g­nés, ils atten­dent. Pas moi. La douleur est épou­vantable. Mes genoux, mes pieds, mes mains, ma bouche trem­blent. Une infir­mière demande mon nom, je demande un anti-douleur. Un homme en blouse sur­git d’un rideau, empoigne le fau­teuil roulant, me con­duit devant un médecin. Le médecin me couche sur un lit d’ob­ser­va­tion. “Votre cœur est en train de lâch­er, nous allons pénétr­er par le bras jusqu’au cœur”. Pas pos­si­ble, voilà ce que je me dis, ce sont les pom­pes, c’est la bagarre. Le lit roule à tra­vers des couloirs, j’en­tre en salle d’opéra­tion. Le chirurgien demande si je peux chang­er de lit sans aide. Je peux. Il présente un for­mu­laire: “en sig­nant, vous don­nez l’au­tori­sa­tion de pra­ti­quer l’opéra­tion”. Comme je sais que la police a aver­ti Gala, je fais: “est-ce que je peux atten­dre d’avoir l’avis de ma femme elle est en route (pas le cas, les flics ne la trou­vaient pas)? “Vous pou­vez, répond le chirurgien, mais dans dix min­utes vous êtes mort”.