Avec la techno, la boucle se ferme. La musique devient ce qu’elle était, primitive. A travers le geste de production, le premier musicien habitait son œuvre. Avec la délégation à la machine, le musicien subit une production inhabitée.
Ainsi se présentèrent devant nous
Ainsi se présentèrent devant nous des bêtes portant trois et quatre cornes ou une seule. Mon petit page m’avertit de desceller le coffre que je tenais sous le bras où je découvrir en effet le dictionnaire des langues animales dont nous avait parlé le guide au moment de nous déposer sur l’île. Mais ces petits fascicules fort bien conçus enseignaient autant de langues qu’il y avait de bêtes dans le troupeau et celles-ci, s’avisant de notre gêne, nous firent comprendre qu’elles parlaient notre langue ce qui faciliterait le commerce. Après quoi un animal compris entre le bœuf et l’écureuil nous expliqua que plus il y avait de cornes sur les têtes de ses compagnons plus la voie qu’il nous ferait suivre serait compliquée. Des compagnons choisirent des bêtes triviales, d’autres, plus prétentieux, des bêtes à cinq et même six cornes. Je retins pour guide un phacochère unicorne. Je ne revis jamais mes compagnons mais l’un des sujets du troupeau, qui au sortir de l’île était à nouveau complet, me rapporta le coffre et je pus ainsi poursuivre mon périple.
Ces intelligences
Ces intelligences que l’excès de lucidité a consumé et qui promènent sur toutes choses un regard d’outre-tombe. Que n’ont-elles eu le courage de se quitter la vie pour établir dans toute sa dimension symbolique le chemin parcouru, affirmant ainsi pour autrui, et sa rigueur et son impraticabilité?
Nier
“Nier la vérité, ou plutôt désigner comme mensonge ce qui se propose comme critique du mensonge permet de garantir le règne de la fausse vérité (un universel qui, ab initio, désarme toute critique.)“
Phrase de Millet essentielle à la compréhension du monde qui se prépare et qu’il conviendrait de graver dans chaque conscience.
L’avionnette tombe
L’avionnette tombe. Nous sautons. Mon père tire sur son parachute. Nous l’imitons et flottons à sa suite dans un ciel limpide. Au milieu des champs, la voiture de mon frère. Le coffre contient un arsenal: pistolets, fusils, fusils-mitrailleurs, caisses de cartouches.
- Tu devrais refermer ça, dis-je.
- Mais enfin, on a plus le droit d’être armé!
Soudain une autre voiture. Un inconnu en sort, ouvre son coffre et dévoile une autre quantité d’armes. Nous sommes sur un marché clandestin. Plus tard, lorsque les vendeurs quittent la place, nous remontons dans l’avionnette. Même scène. Elle tombe. Nous descendons en parachute. Mais cette fois, surgit un garde civil, puis d’autres: c’est une embuscade. Je lève les yeux. Mon frère est accroché dans l’arbre, je les baisse, mon père s’est tranché la gorge. Il s’enfonce dans la terre. Je me rends. Ma mère descend du ciel, inspecte la scène.
- Papa ne nous dira plus rien. Tout de même quelqu’un d’étrange, et qui disparaît avec son mystère.
Les militaires posent les fusils. Mon père mort, plus de danger. Le garde civil me tend une bouteille d’eau. Je tire de la terre sablonneuse mes deux enfants, les lave et mets de l’eau dans leur bouche. Maintenant que “tout est fini”, je les rappelle à la vie.