En soirée, au cours d’un bref échange, afin d’établir ce qui m’oppose aux tenants naïfs du “tout culturel”, ce Sésame, cette abomination dont les cercles d’argent se servent pour embrigader les bonnes — mais faibles — volontés, je distingue “culture” et “art” et définis la première: ensemble des connaissances qui me permettent de porter un regard enrichi sur le monde.
Sur la grève le ressac déposa des individus dont le plus gros, qui ne mesurait guère qu’une dixième partie de l’index que l’indigène gardien de l’île tendait dans sa direction, déclara:
- Enlève-toi de là!
Le rire de l’indigène fit frémir les palmiers et se propagea jusqu’au village. Ses congénères accoururent. L’un des intrus s’avança et dit:
- Nous venons manger, nous ne vous ferons pas de mal.
Les indigènes, casqués et armés, rirent plus fort. Une seconde après les individus n’étaient plus sur la plage. la seconde suivante, ils étaient de retour.
Etrange quartier
Etrange quartier de Prenzlauerberg. Population blanche, d’âge moyen, de culture ferme, politiquement soudée (et qui veut croire à la démocratie). Plus que de la tolérance, je ressens une attitude de propagande par le comportement qui invite à la tolérance. Il convient d’y adjoindre une surveillance spontanée de tout individu dont les caractérisitiques, mal définies, seraient de nature à bousculer l’harmonie générale. Cet effort louable de préservation d’un terrain de jeux social est-il le fruit du traumatisme vécu sous le socialisme intégral ou une conscience construite de l’histoire récente de l’Allemagne? Quoiqu’il en soit, la vie apparaît ici meilleure, et par contrecoup, d’une émouvante fragilité. A titre de comparaison, la France des villes est plongée dans le chaos et prépare la guerre. Quant à Genève, ce n’est rien de plus qu’une sorte de zoo tenu par des gardien frustrés et agressifs. L. qui vit depuis dix ans à Kreuzberg (où des féministes hystériques côtoient des turques en tchador), me dit:
- Prenzlauerberg! C’est un peu monoculturel, tu ne trouves pas?
Course à pied
Course à pied avec Luv dans le parc de Fiederichshain. Vastes pelouses séparées de petits bois, agrémentées de sculptures et de pièces d’eau. Jardin organisé au plus près des possibilités de la nature, sans paysagisme à l’anglaise ou à la française. La colline centrale a été créée à partir d’un amoncellement de gravats des bunkers de la bataille de Berlin. Serré entre deux barrières le chemin d’accès en colimaçon rappelle un peu l’artificiel des Buttes Chaumont. Un parc où tous les rendez-vous semblent possibles: amoureux dans les replis de la végétation, sportifs sur la grande esplanade, de parole et de délassement dans les squares secondaires. L’ensemble évoque ces toiles des peintres de la renaissance qui développent sur un lieu utopique des activités qui, en réalité, se sont produites sur un temps long.
Monami
Ce que les gens perçoivent des autres, et qui est insoupçonné pour ceux qui les connaissent intimement. Ainsi Monami, à propos d’une femme que j’ai côtoyé au quotidien pendant des années et dont je lui dis la situation nouvelle:
- Tu te trompes. Elle donnait de change, mais je la sentais depuis toujours déprimée.
Ainsi se présentèrent devant nous
Ainsi se présentèrent devant nous des bêtes portant trois et quatre cornes ou une seule. Mon petit page m’avertit de desceller le coffre que je tenais sous le bras où je découvrir en effet le dictionnaire des langues animales dont nous avait parlé le guide au moment de nous déposer sur l’île. Mais ces petits fascicules fort bien conçus enseignaient autant de langues qu’il y avait de bêtes dans le troupeau et celles-ci, s’avisant de notre gêne, nous firent comprendre qu’elles parlaient notre langue ce qui faciliterait le commerce. Après quoi un animal compris entre le bœuf et l’écureuil nous expliqua que plus il y avait de cornes sur les têtes de ses compagnons plus la voie qu’il nous ferait suivre serait compliquée. Des compagnons choisirent des bêtes triviales, d’autres, plus prétentieux, des bêtes à cinq et même six cornes. Je retins pour guide un phacochère unicorne. Je ne revis jamais mes compagnons mais l’un des sujets du troupeau, qui au sortir de l’île était à nouveau complet, me rapporta le coffre et je pus ainsi poursuivre mon périple.