Conquête

Con­quête, la fin des horaires. J’en avais peu, je n’en ai plus. N’ayant plus les enfants à charge les jours d’é­cole depuis que j’ai quit­té Lhôpi­tal, je n’ai plus à con­sul­ter ma mon­tre. En m’in­stal­lant à Fri­bourg dans un stu­dio qui a les dimen­sions d’une boîte à chaus­sures et par­fois son odeur, j’ai brisé de sup­plé­men­taires liens de puis­sance, mais tout de même, com­bi­en il en faut pour s’ex­tir­p­er! Vivre  à la façon d’un ani­mal par­qué, au cen­tre d’une ville riche, entre des murs.

La justice

La jus­tice m’a tou­jours paru la plus dan­gereuse des insti­tu­tions (et la police, mais quand on par­le de trou­peau on ne s’at­tarde pas aux piquets.)

Mon copain

Mon copain. Fatigué il établit un mag­a­sin et vend les arti­cles qui lui ont per­mis de devenir ce qu’il fut: un com­bat­tant d’élite.

Jésus

Un homme devient Jésus. Par la pen­sée, la médi­ta­tion, les paroles et les actes. La société le tue. L’Église ramène la paix par­mi les hommes et recrée son efficace.

Sentiment

Brusque sen­ti­ment d’avoir “dépassé tout ça”. Quant à savoir ce que ça veut dire.

La pluie

Quand la pluie s’ar­rête, c’est pire — les hommes sor­tent de sous la terre.

Content

Con­tent d’avoir de l’ar­gent mais écœuré. Que puisse s’ef­fon­dr­er le petit château con­fort­able­ment matériel que j’ai érigé de mes mains depuis vingt ans, me pro­cure un malin plaisir. J’en attend plus de lib­erté et sais qu’il n’en sera rien. D’ailleurs cela pour­rait don­ner le départ d’une cat­a­stro­phe générale. Quoiqu’il advi­enne, dans la société que nous avons, jamais je n’i­rai tra­vailler au quo­ti­di­en. Je le sais comme je le savais à l’âge de quinze ans. Cer­tains préjugés ori­en­tent notre vie. Ce qui prou­ve que je ne suis pas tiré d’af­faire. Roman­tique, exces­sif et raison­né, irréal­iste, mal adap­té, et con­va­in­cu d’as­sis­ter, pour ce qui fait l’ac­tiv­ité des hommes au jour le jour, à une comédie. Là n’est pas le sérieux. Et donc, je le cherche. Mais avec moins de force et surtout, moins d’e­spoir. Réap­pa­raît alors le pro­jet de la cabane. La cabane est un jeu pour l’en­fant, un lieu pour l’adulte. Et un point de vue dou­ble: extérieur, intérieur.

Enfant

Enfant, lorsque j’avais soif, je ne buvais pas, j’at­tendais. Quel était le sens de la manœu­vre? Je l’ig­nore. Une sorte d’ex­péri­ence, ou de curiosité. Dans les sit­u­a­tions typ­iques : nous mar­chons en famille, la réserve d’eau est épuisée, au bout d’une heure nous trou­vons une fontaine.
- Alexan­dre, tu ne bois pas? Tu sais que nous avons encore du chemin à faire? Comme tu voudras!

Histoires

Racon­ter des his­toires de viol, de pour­suite, de meurtre, de meurtres en série; y a‑t-il pos­ture lit­téraire plus imbé­cile? Comme dans un ate­lier de sculp­ture, sur injonc­tion d’un sim­plet, se détour­nant du mod­èle, tous les élèves se met­traient à sculpter le lavabo dans lequel ils se lavent chaque jour les mains. Et si ce tra­vers qui con­siste à manip­uler un monde fac­tice et infan­til­isé partagé entre bons et méchants était l’équiv­a­lent lit­téraire des ban­des de couleurs que les pein­tres déposent au rouleau sur les toiles? Quand on songe aux proces­sus de mat­u­ra­tion de l’oeu­vre, pas­sion­nant, révo­lu­tion­naire, d’un Malévitch ou d’une Mondrian…

Gala cuisinière

Gala, cuisinière excep­tion­nelle, brusque­ment ne sert plus que des pâtes. Et ce matin, levé tôt, je trou­ve sur l’évi­er La cui­sine au micro-ondes alors que nous n’avons pas de micro-ondes et que depuis tou­jours Gala s’op­pose à ce mode de cuisson.