La tête posée sur la boîte à biscuits je regarde les saisons défiler. Tantôt c’était plein soleil, j’étais assis dans la chaise en veste et bonnet, maintenant les prés frémissent sous la pluie, les pierres circulent.
Froid
Des bourrasques écrasent la tente. Le matin mes dix-huit plaques de chocolat flottent. Je récolte des cailloux pour construire des supports, je fais fonctionner le réchaud. Il a fait froid. Dormir habillé ne suffit pas et mon sac à vingt ans. A l’aube, grelottant, je me suis répété ce message: peux-tu m’envoyer en poste restant le sac blanc et violet qui se trouve sur le meuble de notre chambre. Reste à savoir comment le faire parvenir à Gala.
Voyages
En trois voyages, je monte cent kilos de matériel. Lorsque je retourne remplir le bidon à la fontaine de l’alpage, les oies ont mangé la housse de ma chaise. Sur le bord du sentier qui mène au bivouac j’abandonne le matelas gonflable, des boîtes de conserve, les haltères, le pétrole et un mot: das nehme ich Morgen.
Progrès
Accepter ce qui était hier inacceptable? Est-ce un progrès? Qu’entend-t-on par là? Ce qui est n’était pas, ce qui fut n’est plus. Parle-t-on de qualité? Mais alors? De quoi parle-t-on? Savoir ses valeurs et savoir les amender pour justifier de celles qui les remplacent. Ajoutons: s’il y a lieu. Mais cet examen se produit-il? N’a-t-on pas affaire plutôt à de la veulerie? Prendre la fuite du temps pour indice suffisant d’une amélioration, le moderne étant par définition plus juste, ne revient-il pas à démettre l’esprit pour légitimer ce qui souvent n’est qu’imposture?