Chambre

Cham­bre d’ado­les­cent au bord de l’au­toroute avec trois trophées sportifs sur une armoire rustique.

Histoire

Un jour on deman­dera : mais com­ment les gens ont-ils pu sup­port­er ça, ne se rendaient-ils pas compte?

Equilibre

Séance d’en­traîne­ment exigeante. La côte sem­ble remise. Cer­tains exer­ci­ces sont encore douloureux, mais je vais pou­voir, dès lun­di, repren­dre le pro­gramme. Ras­sur­ant. Para­noïaque ou non, les nou­velles indiquent assez une accéléra­tion générale du pil­lage des peu­ples, lesquels, tout habitués à la traite, pour­raient finir par relever la tête — du moins ten­ter de le faire, ce qui suf­fi­rait pour met­tre bas le frag­ile équili­bre de nos absur­des sociétés.

easyJet

Reçu d’Al­lia les pre­miers vol­umes d’easy­Jet sor­tis de presse. Le livre est petit, orange, le titre com­posé dans les car­ac­tères orig­in­aux de la com­pag­nie. Il est court (96 pages) et dis­cret. Si mince, qu’on se demande s’il offre quelque chose à lire. Est-ce que, lors d’un prochain voy­age, j’au­rai le plaisir de voir l’un des pas­sagers le lire?

Russe

Dans le train pour Genève, je prends place en face d’une russe diaphane qui lit avec con­cen­tra­tion.  Son immo­bil­ité est à la fois curieuse et intim­i­dante. J’au­rai pu choisir une autre place, mais je m’en tiens à ma déci­sion récente: se rap­procher de la beauté. Pour don­ner le change, je la salue. Elle mar­que un temps avant de réa­gir. C’est alors que je m’aperçois que son atti­tude n’est pas com­posée. Elle lève briève­ment les yeux, me rend mon salut du bout des lèvres. Le train roule trois quart d’heures. Sa con­cen­tra­tion favorise la mienne, je lis de la philoso­phie, exer­ci­ce dif­fi­cile dans un lieu pub­lic. Lorsque Lau­sanne est en vue, elle se pré­pare avec flegme et méth­ode. Puis me salue d’une phrase com­plète:
- Au revoir Mon­sieur, bon voy­age.
L’idée me vient que de telles per­son­nal­ités doivent être effrayées par les mœurs bar­bares que notre sys­tème développe et entretient. 

Haldas

Niais­erie de Georges Hal­das dans L’In­ter­mède maro­cain. Pas­sager en attente stocké dans l’un des champignons de l’aéro­port de Coin­trin, il lui faut deux pages pour nous racon­ter la vision pré­moni­toire de cet Ori­ent des Mille et une nuits que lui fait entrevoir les plis flot­tants de la djellabah d’une pas­sagère à la “noblesse native” (expres­sion prise chez Baude­laire). Tra­vers ridicule hélas répan­du chez nos intel­lectuels; il con­siste à se démar­quer à bon compte de la petitesse attribuée à tort à nos mœurs locales en val­orisant à grands ren­forts de fan­tasmes les fig­ure de l’étranger.

Nihilisme

Détru­ire la langue com­mune est sans doute le moyen le plus effi­cace de met­tre les corps et les esprits à la dis­po­si­tion du cap­i­tal­isme financier. L’im­mi­gra­tion organ­isée en est le moyen le plus sûr. Par­al­lèle­ment les pou­voirs sépar­ent au nom de la loi (déf­i­ni­tion de nou­velles tolérances en faveur de minorités qui revendiquent un statut hors tra­di­tion — les­bi­ennes, homo­sex­uels, polygames, adop­tion, etc.) les familles.

TPF

Un bus des Trans­ports Publics Fri­bour­geois bondé remonte la colline du Guintzet dans la nuit et le brouil­lard. Au-dessus du pare-brise l’en­seigne lumineuse annonce: Renfort.

Discothèque

Apéri­tif dans une dis­cothèque à l’heure de sor­tie des bureaux. Une dizaine de per­son­nes accoudées au comp­toir siro­tent leurs ver­res, la piste de danse est vide, les lumières arrêtées, la musique en sour­dine. Le patron et sa femme (tra­vailler en cou­ple, releève de l’héroïsme) cir­cu­lent avec énergie, par­lent à la volée, rangent des bouteilles, con­fec­tion­nent des canapés. Les clients, des habitués, les hèlent, mais ce n’est pas pour par­ler: ils ten­dent à bout de bras leurs télé­phones, déroulent un film ou mon­trent des pho­tos. Ain­si se for­ment le temps d’un regard com­mun de petit groupes, puis cha­cun reprend place sur les tabourets. Je vide mon verre à l’é­cart, ne sachant si je suis le spec­ta­teur unique d’une pièce de théâtre impro­visée ou s’il faut con­sid­ér­er que tous les clients sont dupes et que le cou­ple qui pos­sède la dis­cothèque met la sit­u­a­tion en scène pour ven­dre quelques bois­sons à un moment de la journée où les dis­cothèques, nor­male­ment vides, ne rap­por­tent pas un sou.

Principe de la mode

Ecole Léma­nia, à Lau­sanne, dans les années 1980, comme je cher­chais pénible­ment à me créer une iden­tité en choi­sis­sant mes habits (le plus sou­vent à Lon­dres, en ten­ant compte des mou­ve­ments under­ground, punks, new-wave puis pirates), un des élèves de dernière année tour­nait en déri­sion le principe de la mode en venant chaque jour de la semaine vêtu dans un style dif­férent, mais avec un tel soin du détail, que le cos­tume évo­quait plus le bal masqué ou les plateaux de ciné­ma que le goût per­son­nel. Par exem­ple, accou­tré d’un Loden bleu, d’une chemise à col dur et d’un pan­talon velours côtelé, il jouait le bour­geois le lun­di et le lende­main parais­sait en fusili­er améri­cain de la sec­onde guerre, casque à treil­lis sous le bras.