Les rares fois où je réussis à ne rien faire, je me félicite.
Trémulation
Chanteurs de variété, bateleurs, comédiens, romanciers, peintres sans réelle foi dans l’art, ils ‘agitent sur quelques mètres et ce faisant communiquent localement au groupe social une trémulation qui lui permet de percevoir de manière fugace comme se perçoivent les poissons par reflets lorsqu’un rai de lumière traverse l’aquarium.
Manwell 2
Sur cette façon heureuse de remarquer la nature et de la donner à voir aux autres en rehaussant ses qualités, ce que faisait hier, je l’ai dit, Manwell alors que nous courions sur les crêts de la Sarine, je puis dire que je n’ai pas ce talent. Quand je cours, lutte, me débats, je ne contemple pas. Et quand bien même je verrais ce ciel, sa lumière, son cortège de nuages, c’est sans vision; pour cela, il faut que je m’attarde, arraisonne le temps, perce les couches. Ainsi je vois jusque dans les grandes profondeurs. Plus possible alors de s’exclamer:
- Regardez, c’est joli!
Caravane
Je vais construire une caravane, ou plutôt, un cabane qui se puisse déplacer sans nécessité de démontage. L’intégration des parties dans le tout, la convenance esthétique, qui de plus est dans un milieu contraint. m’a toujours fascinée. Retour peut-être à l’organisation de la première chambre, lieu d’incubation des énergies vitales pour l’adolescent.
Manwell
Hier avec Manwel et deux gosses de bel allure, gravissant d’un pas accéléré le chemin de Lorette, alignant des exercices sur le parvis de la Chapelle puis zigzaguant sur les sentiers de la forêt du Bourguillon en bataillant à coups de pieds et de poings, équipée qui laissait interdits les rares randonneurs venus se balader en cette soirée de veille de fête. Or, ne voici pas qu’après ces débauches, Manwell, comme nous regagnions la basse-ville, ralentit le rythme et s’extasie sur la beauté du coucher de soleil, la forme des nuages, l’éclairage rougeoyant des édifices modernes qui se détachent au loin et lâche ce commentaire:
- Quand je pense qu’on a manqué rester à l’intérieur!
Igloo
L’hiver 1972, à Helsinki, le concierge de notre immeuble entassait des paquets de neige contre un mur du parking extérieur. Au fil des semaines, durcie par un froid constant, la masse devint glace et c’est avec des fourchettes et des couteaux pris dans le tiroir de la cuisine que Frère et moi creusâmes la surface pour fabriquer un igloo. Le travail était si pénible que je me crus, une fois la cavité ouverte, que jamais les paquets de neige ne fondraient.