Cinquante ans

Après la soirée à Gy, départ pour Ver­banne. Mal de tête, les yeux fatigués, tout y est. Mais la journée est splen­dide. Je monte depuis Sierre, doit rebrouss­er chemin dans la sta­tion de Ver­banne, la route qui mène à Ply d’Ar est bar­rée, il y a expo­si­tion de jeeps. Je me gare chez Mon­a­mi et rejoins le télé­cab­ine, puis déposé au som­met, je descends en quelques vingt min­utes à Merich. Mon­a­mi décharge la sono sur laque­lle son groupe jouera et nous mon­tre les cham­bres: de mag­nifiques suites avec vue sur les Alpes et salle de bains dernier cri. Un cinq étoiles que ses pro­prié­taires n’ont pas encore mis sur le marché. Nous sommes à 2100 mètres, trente invités sont atten­dus, je partage la cham­bre avec un chanteur d’Opéra.

Ecritures

Achevé Fordétroit en fin de mat­inée. Je le mets sous pli, l’en­voie sans un mot à Gérard Berré­by. Séparé­ment, j’écris un mail dans lequel je lui annonce l’en­voi et lui dis mon idée d’un livre qui s’in­ti­t­ulerait Une nou­velle vision du monde: l’an­ti­tourisme. Pour qu’il sai­sisse le pro­pos, je donne quelques exem­ples (les seuls que je con­naisse): la con­tes­ta­tion estu­di­antine à Kuta-Bali, les émeutes dans le vieux quarti­er de Barcelone, la marchan­di­s­a­tion d’Angkor, les mil­i­tants écol­o­gistes con­tre le ski héli­porté. Il me faut main­tenant ter­min­er la réécri­t­ure de Roman D.C. Cette sinécure. Il y a un an que j’en par­le à l’Age d’homme. Si l’én­ergie m’est gardée, après avoir écrit ven­dre­di ma con­tri­bu­tion sur le canal de la Suze que l’on me demande pour un ouvrage col­lec­tif, je com­mencerai Ecri­t­ure, bière, com­bat (spec­ta­cle de soi, vol.1) dont je ne me fais aucune représen­ta­tion pré­cise si ce n’est qu’il com­mencera par la nar­ra­tion de cette journée mer­veilleuse vécue dans la cam­pagne de Soria, en Espagne, à l’été 1990 et à la fin de laque­lle nous sont apparues ce qui pour­rait bien être des O.V.N.I.

Anniversaires

Repas d’an­niver­saire de Pas­cal Nord­mann dans un restau­rant de Gy. Maxime Mail­lard prend le volant et nous con­duit à tra­vers le traf­ic. Sur la ban­quette arrière, Pas­cal me par­le du troisième volet du Tryp­tique de la peur qui traite du gonzo pornographique, mais très vite la con­ver­sa­tion se résume à ce débat: qu’en est-il des poils? Faut-il les mon­tr­er ou les cacher? Pas­cal déclare que pour par­tie sa brouille avec San­drine Fab­bri (pour qui il a créé un site licen­cieux) est due à cette ques­tion. A Gy, nous retrou­vons Jean-Michel Meier, le pro­duc­teur d’émis­sions de radio, et sa famille, ain­si qu’O­livi­er Chachiar­ri et sa femme. Cham­pagne, vins, con­ver­sa­tions, livres. Cadeaux. Des livres. J’en ai apporté sept. Tra­vail­lant les cor­rec­tions de Fordétroit, je n’ai cessé de repouss­er le moment de trou­ver des idées pour ce week-end durant lequel se tien­nent deux anniver­saires, celui de Pas­cal et celui de Mon­a­mi, lequel fête ses cinquante ans. Je me mets mar­tel en tête: ces gens-là ont tout. Et tout mieux que moi. Ajou­tons en ce qui con­cerne Pas­cal que rien de matériel ne retient son atten­tion. Me voilà donc rue des Alpes, sur­veil­lant mon télé­phone (France-Cul­ture doit appel­er), devant la porte de la librairie de livres anglais d’oc­ca­sion, con­statant que la porte est fer­mée quand une homme me fait signe de l’autre trot­toir et mon­tre un accès de cave. Je descends quelques march­es et décou­vre, bien rangés sur des étagères, des mil­liers de livre en français. J’achète des textes que j’ai aimé, Caba­n­is, Dantzig, Dubil­lard, un Théâtre quan­tique et un The­aters der Absur­dum (l’an­i­ma­teur de France-Cul­ture appelle, “voilà, vous êtes en ligne!” et pose cinq ques­tions à tiroir qui relèvent plus de l’ex­per­tise d’un spé­cial­iste des com­pag­nies aéri­ennes que de la lit­tréra­ture). Je paie, je promets de revenir et remonte à vélo pour crois­er Aplo de retour de l’é­cole juste avant de pren­dre la route pour Genève. Main­tenant, Jean-Michel et Pas­cal se parta­gent ces vol­umes. Séparé­ment, ce dernier reçoit: du papi­er (“pour ton prochain livre”, insiste Gun­da qui veut faire savoir que Pas­cal a ter­miné son roman le jour même, mais celui-ci se reb­iffe et à mi-voix la men­ace de quit­ter la table si elle répand l’in­for­ma­tion), des gommes à plac­er sur le bout des crayons (“j’écris tout au cray­on”, jus­ti­fie Pas­cal) et de la musique baroque. J’avale des canettes, invite Chi­achiari à mon­ter à Fri­bourg pour par­ler du cog­i­to (il lit les Médi­ta­tions), puis Maxime nous ramène, je dors sur un mate­las jeté à terre, au bureau, devant une imp­ri­mante qui démarre à vide toutes les cinq min­utes et que je ne sais pas éteindre.

Fatigue

Il enfi­lait un pan­talon de tra­vail et aus­sitôt se sen­tait fatigué.

Divination

Une table ronde est une table car­rée qu’on a beau­coup fait tourner.

Marche obligatoire

En atten­dant le tra­vail oblig­a­toire (et par là je ne veux pas dire que les gens ne tra­vail­lent pas, bien au con­traire, mais que jamais la rémunéra­tion ne devrait être décou­plée du tra­vail, que si rémunéra­tion il y a, tra­vail il doit y avoir), il serait bon d’in­stau­r­er des march­es oblig­a­toires. Jusqu’à l’âge de soix­ante ans, sauf mal­adie et acci­dent, tout le monde aurait a marcher une dis­tance chaque jour: rien de tel pour enter l’e­sprit sur le corps.

Sécurité

Que l’on souhaite devenir polici­er et faire régn­er l’or­dre, soit; voy­ou et faire régn­er son ordre, cela se com­prend; mais qu’on veuille assur­er la sécu­rité? Per­me­t­tre aux choses de suiv­re leur cours? Cela m’é­tonne. Or, c’est bien ce méti­er-là que con­voitent une par­tie de mes cama­rades qui appren­nent les sports de com­bat. Ceux qui opèrent déjà sur le ter­rain éval­u­ent à leur retour de mis­sion les risques encou­rus. Les uns regret­tent qu’au­cun déra­page ne se soit pro­duit, ils auraient pu tester leurs com­pé­tences; les autres s’en félici­tent et prô­nent un arme­ment plus com­plet du vig­ile. Dans un cas comme dans l’autre ils omet­tent de dire que leur marge de manœu­vre est pour ain­si dire nulle. Leur tâche est de sécuris­er sans recourir à la force. Même en cas d’a­gres­sion. Tout au plus ont-ils le droit à la riposte en cas de légitime défense et cela dans le respect des pro­por­tions. Leur mis­sion est d’obtenir le résul­tat escomp­té, la sécu­rité, à par­tir de la seule dis­sua­sion sym­bol­ique qu’as­sure leur présence en uni­forme sur le ter­rain. En d’autres ter­mes, ils sont engagés sur la base de ce qu’ils savent faire pour ne jamais le faire.

Le Touc

Bruit de l’herbe que les babines de ce gros rep­tile cam­pé au milieu de l’herbe malaxe. Un ciel limpi­de. En lisière de forêt, des libel­lules au-dessus des fleurs. A l’hori­zon la mon­tagne du Touc. Je regrette de n’avoir pas décou­vert cet endroit mer­veilleux plus tôt. Puis je songe que j’au­rai pu ignor­er à jamais son exis­tence et l’avoir décou­vert m’ap­pa­raît alors comme un mir­a­cle. Le lende­main j’y retourne (dor­mi au vil­lage) et le rep­tile est à nou­veau là, sur le champ, à bafouiller.

Centre d’intérêt

La gar­di­enne brésili­enne du gym­nase munic­i­pal de Vil­lafran­ca avec qui je dis­cu­tais chaque matin me dit un jour:
- Il faut absol­u­ment que tu vis­ites Pam­pelune, une ville for­mi­da­ble! J’y suis allée dimanche avec mon fils, il y a un cen­tre com­mer­cial de qua­tre étages avec des ciné­mas, des restau­rants, des attrac­tions, nous y avons passé la journée.

Expansion

Archi­tecte, je créerais une mai­son expan­sive. Trans­portable dans le cof­fre d’une voiture, elle prendrait déposée au sol la taille d’une con­struc­tion unifamiliale.