Ecrivain

Litote qui exprime au mieux mon sen­ti­ment: le grand écrivain est celui qui ne dit rien.

Enfants

Du bal­con, où je bois un jus d’o­r­ange au soleil, j’en­tends un enfant qui appelle son cama­rade lequel l’a devancé sur le chemin des écoles.
- Attends!
L’autre se retourne, le recon­naît, s’im­mo­bilise.
Alors le pre­mier, tout en courant:
- Attends! Attends! Attends!
Et arrivé à la hau­teur du cama­rade:
- Attends une minute, j’arrive!

Cloches de Fribourg

Fri­bourg, le Guintzet, 22h17. Les cloches de Saint-Michel son­nent à toute volée dans l’air doux du pre­mier print­emps. Igno­rant des cloches et des rites, je m’é­tonne de ce beau bruit comme de son inter­rup­tion subite après quelque minutes.

Dates et heures

Je flâne dans Ram­but­tri quand d’une ter­rasse me hèlent les trois Ital­i­ennes ren­con­trées dans le car Trat-Bangkok. Elles m’in­ter­ro­gent sur mon départ. J’an­nonce que mon avion est pour le lende­main, que j’ai dû réserv­er une nuit de plus. Elles me font remar­quer mon erreur, mon vol est ce même soir. Il y a des ren­con­tres providentielles.

Hommes bleus

Khao San, Bangkok, la rue où rien n’étonne per­son­ne. Promenez-vous avec une casse­role sur a tête, nul ne se retourn­era. Or, un cou­ple pro­duit la stupé­fac­tion. Je suis choqué. Jusqu’au bassin, tous deux sem­blent avoir été trem­pés dans un pot d’en­cre. Leurs jambes sont uni­for­mé­ment bleues. Au-delà, la peau est com­plète­ment tatouée, mais dépourvue de motifs. Le vis­age et une par­tie du crâne sont égale­ment bleus mais striés d’é­clair rouges, jaunes et noirs for­mant un chaos. Plus une cen­timètre de peau naturelle nulle part. Le garçon, lui, à la moitié de la tête rasée et tatouée. La fille a les cheveux relevés et les tach­es d’en­cre remon­tent au-dessus des oreilles. Leurs yeux sont trafiqués au moyen de lentilles de con­tact. Ils sont jaunes et rouges. Ils vont pieds nus, comme des lézards qui tiendraient sur les pattes arrière. L’ef­froi se lit sur les vis­ages des pas­sants. Rap­port au corps, jamais il ne m’avait été don­né de voir acte aus­si fou. Hier encore, revenant sur mon éton­nement, je songeais aux par­ents de la fille. A leur dés­espoir. Et bien enten­du à l’avenir impos­si­ble de ces deux bêtes de foire.

Complexes

Le catholique n’a pas de com­plexe — il les trans­met au curé curé et celui-ci les fait dis­paraître. Pour le protes­tant, il les a dis­cuté avec Dieu, lequel les lui a mis à charge.

Massage

Et après la boxe, une heureuse idée: le mas­sage. Dans une petite bou­tique proche du marché tra­vail­lent trois femmes. Quand je pousse la porte, un thaï est couché sur la table. Je me change der­rière un rideau. Il a déposé en vrac une liasse de bil­lets de banque, ses clefs de voiture et ses cartes. Mer­veille que ce règne général de la con­fi­ance. Les pre­mières pres­sion qu’ex­erce la masseuse me sont con­nues. je suis couché sur le dos, elle tra­vaille les mus­cles des chevilles et des jambes. J’ob­serve le pla­fond. Il est en dami­er. Dans cha­cune des cas­es, sus­pendu à un cro­chet, un anneau. Drôle de déco­ra­tion, me dis-je. Éreinte par l’en­traîne­ment de boxe, je ferme alors les yeux. Une pres­sion plus forte que les autres me les rou­vre. La masseuse est debout sur moi, un pied en équili­bre sur chaque cuisse. Elle se tient aux anneaux par un chif­fon noué et se dan­dine faisant ain­si pass­er la pres­sion d’un côté à l’autre. La séance ne fait que com­mencer. Elle sera pra­tiquée entière­ment debout. Et dur­era une heure et demie. Par moment, la douleur liée aux pres­sions est si forte que je crains qu’un os ne se brise. Et je ne cesse de me pos­er cette ques­tion, source de curiosité plus que  d’in­quié­tude: qu’en est-il du rap­port de poids? La masseuse sait-elle mon poids? Si j’é­tais frag­ile? Elle pèse 60 kilos, j’en pèse 74. A la fin, sa col­lègue me verse un thé au gin­gem­bre et arrache une petite banane d’une régime. Com­ment je me sens? Par­faite­ment bien. (Trois jours plus tard, à Bamglam­phoo, lorsque Sang me prodigue le mas­sage habituel, je dois cepen­dant lui deman­der de réduire la pres­sion, les mus­cles étant encore douloureux).

Muay thaï

Entraîne­ment de boxe dans le gym­nase en plein air de Ban Phra. La veille, j’avais expliqué que je souhaitais surtout amélior­er la tech­nique poings, mais c’é­tait oubli­er que les mou­ve­ments de jambes dans le Muay thaï sont dif­férents et me voici donc à faire des aller-retour entre deux poteaux, pas­sant la tête d’un côté et de l’autre d’une ficelle sous l’œil vig­i­lant des cham­pi­ons locaux qui, sans pren­dre garde qu’ils mesurent vingt cen­timètres de moins, ont placé la ficelle à la hau­teur habituelle. J’a­joute qu’il fait 32 degrés. Nous pas­sons ensuite sur le ring. Entre chaque exer­ci­ce, l’en­traîneur impose deux min­utes de pause pen­dant lesquels je perds un demi-litre d’eau. Cepen­dant son assis­tant me masse le dos, les épaules, les bras, me fait boire et relance. Bien décidé à revenir avant la fin de l’an­née pour un stage de deux semaines. 

Ancien aéroport

Prom­e­nade sur l’an­cien aéro­port de Trat. Le dimanche, les familles achè­tent de grands sachets de boulettes souf­flées ros­es, vertes et bleues et nour­ris­sent les pois­sons mutants de la pièce d’eau, des spéci­mens obès­es et translu­cides qui fix­ent d’un oeil méchant les enfants rieurs.

Attraction

De retour de la gare routière où je suis allé acheter mon bil­let pour Bangkok, je gare mon vélo con­tre un parc d’en­gins instal­lé par le départe­ment munic­i­pal des sports. Quelques femmes péda­lent sur des vélos sta­tiques ou tirent sur des machines à ramer ne plein air côté ombre. Avant même de com­mencer les exer­ci­ces, je suis détrem­pé. Or, pour ne pas gên­er ni devenir une attrac­tion, je me place côté soleil. Au bout de quelques min­utes mes habits sont à ce point détrem­pés qu’on voit ma fig­ure à tra­vers eux, mais de plus je sui,s et aus­si longtemps que je serai dans le parc demeur­erai, une attraction.