Arbres

Je don­nerais beau­coup pour con­naître le nom des arbres. Les oiseaux aus­si, mais d’abord les arbres. Mon inca­pac­ité à les nom­mer est un hand­i­cap. Le détail me vient, feuilles, trem­ble­ments, nuances de couleurs, mais c’est une ruse: je ne sais pas leur nom.

Beauté

Où sont les vis­ages beaux? Cela aus­si serait donc his­torique? N’au­ri­ons-nous qu’un temps la capac­ité de dis­cern­er la grâce dans les traits? S’ag­it-il d’un prob­lème de phys­iog­no­monie? La sculp­ture du car­ac­tère délais­sée, les vis­ages perdraient leur vif? A moins que la rai­son soit à rechercher dans l’humeur de celui qui regarde… Non pour­tant: me prom­enant seul en Asie, je suis fasciné et je remercie.

Lit

Chaque fois que je me couche, et c’est plus d’une fois par jour, je me félicite du con­fort de mon lit. Cela prend des airs de con­quête. Naïve­ment, tel un gosse, je me répète: que je suis bien, que le con­tact des draps est doux. Et avant de penser à tout, affaire de quelques sec­on­des, je ne pense qu’à cette sen­sa­tion d’aise. Est-ce là, incon­sciem­ment, la décou­verte d’une sen­sa­tion que j’ai volon­taire­ment et con­stam­ment, dans un but louable mais absurde, bat­tu en brèche en dor­mant dix années de suite sur des instal­la­tions mor­ti­fi­antes, planch­es nues, palettes exposées au froid, moquettes jetées au sol?

Ligne d’horizon

De ce que je compte faire les prochains six mois, j’ai tout fixé, y com­pris le désor­dre: c’est dire si le besoin est grand d’être ras­suré et forte l’en­vie de me sous­traire jour après jour, heure après heure, à la dic­tée du réel. Avec cela, il y a deux incon­nues qui feraient obsta­cle au flux réguli­er du temps: Gala d’abord, dont la capac­ité d’amour et d’é­goïsme vaut résis­tance, d’autre part les pro­jets d’écri­t­ure que sont Stab­u­la­tions et Noria, l’un tout didac­tique, mais pesant son poids sur une con­science déjà alour­die, l’autre, à l’op­posé, exigeant une inspi­ra­tion prime­sautière. Sur la ligne d’hori­zon, autour de décem­bre, l’e­spoir de retrou­ver, pour l’e­sprit et le corps, la lib­erté nécessaire.

Pierre

Pierre crie au loup. Faute de loup, les cris s’an­nu­lent dans son sac­ri­fice. Et si nous autres, à force d’ex­hiber au regard des vic­times de nos spo­li­a­tions une réus­site matérielle qui est d’abord un cache-mis­ère avions sus­cité la horde qui nous dévore?

Amour

Ma timid­ité envers les femmes, immé­di­ate­ment sur­mon­tée quand j’aime, m’au­ra préservé de la médi­ocrité et de l’arith­mé­tique du désir. Elle m’au­ra aus­si valu la soli­tude et ce sen­ti­ment océanique (pour jouer avec l’ex­pres­sion) que le port ne suf­fi­ra jamais à mesur­er l’infini.

Calcul

Pour quoi vous dis­ent-ils ce que vous voulez enten­dre? Pourquoi cette lâcheté? Envers vous, envers eux-mêmes?

Peur- Etat

Je n’ai pas peur. Je crains seule­ment que l’E­tat ne m’empêche d’a­gir en fonc­tion de ma peur, détru­ise par son sché­ma de faib­less­es addi­tion­nées ma volon­té de courage.

Histoire

L’his­toire n’est pas la ligne du temps mais la con­science pos­si­ble de ce qu’on est en fonc­tion de ce qu’on a été y com­pris avant d’avoir été. Si per­son­ne n’a vécu dans le passé, per­son­ne ne vivra dans le futur. Nous aurons été et nous serons vis­i­bles — mais per­son­ne ne pour­ra pré­ten­dre nous voir.

Ecole

Une dic­tée par jour depuis douze jours. Or, durant ces douze jours, Aplo a fait plus de pro­grès en orthographe qu’en douze ans d’é­cole. Qu’on ne me dise pas que l’é­cole tra­vaille à l’en­seigne­ment des enfants!