Aberration de la mauvaise foi, d’aucuns se prétendant éclaireurs annoncent un retour du religieux sur notre continent. La mort de Dieu n’étant jamais achevée (ainsi que le montre le Zarathoustra de Nietzsche lorsqu’il renonce à s’adresser au peuple, convaincu que celui-ci embrassera bientôt de nouvelles idoles), nul doute qu’il ne faille toute la volonté de la raison pour corriger notre tendance naturelle à réhabiliter les fantômes que suscite notre angoisse d’être. Cependant, au quotidien, l’occidental est résolument moderne, c’est-à-dire orienté vers l’homme. Nous sommes pour nous-mêmes question. Cette religion qui reviendrait, ne revient pas en principe, pas plus qu’elle n’est dans l’air du temps: elle revient concrètement, portée par la bêtise philosophique des populations immigrées, particulièrement musulmanes, dont l’histoire intellectuelle s’est arrêtée au moyen-âge.
Beauté
Où sont les visages beaux? Cela aussi serait donc historique? N’aurions-nous qu’un temps la capacité de discerner la grâce dans les traits? S’agit-il d’un problème de physiognomonie? La sculpture du caractère délaissée, les visages perdraient leur vif? A moins que la raison soit à rechercher dans l’humeur de celui qui regarde… Non pourtant: me promenant seul en Asie, je suis fasciné et je remercie.
Lit
Chaque fois que je me couche, et c’est plus d’une fois par jour, je me félicite du confort de mon lit. Cela prend des airs de conquête. Naïvement, tel un gosse, je me répète: que je suis bien, que le contact des draps est doux. Et avant de penser à tout, affaire de quelques secondes, je ne pense qu’à cette sensation d’aise. Est-ce là, inconsciemment, la découverte d’une sensation que j’ai volontairement et constamment, dans un but louable mais absurde, battu en brèche en dormant dix années de suite sur des installations mortifiantes, planches nues, palettes exposées au froid, moquettes jetées au sol?
Ligne d’horizon
De ce que je compte faire les prochains six mois, j’ai tout fixé, y compris le désordre: c’est dire si le besoin est grand d’être rassuré et forte l’envie de me soustraire jour après jour, heure après heure, à la dictée du réel. Avec cela, il y a deux inconnues qui feraient obstacle au flux régulier du temps: Gala d’abord, dont la capacité d’amour et d’égoïsme vaut résistance, d’autre part les projets d’écriture que sont Stabulations et Noria, l’un tout didactique, mais pesant son poids sur une conscience déjà alourdie, l’autre, à l’opposé, exigeant une inspiration primesautière. Sur la ligne d’horizon, autour de décembre, l’espoir de retrouver, pour l’esprit et le corps, la liberté nécessaire.