Pouvoir

Plus une per­son­ne est inca­pable, plus elle crée de pou­voir dans son entourage.

Jacob Boehme

Jacob Boehme: le monde extérieur est un reflet du monde intérieur. Immé­di­ate­ment sai­siss­able, le sens mys­tique de l’af­fir­ma­tion tient aus­si et surtout au défaut d’analyse. Mais sur le plan psy­chologique, l’af­fir­ma­tion appa­raît juste et dans ce cas, le sens mys­tique est obtenu après analyse. En effet, si le monde est d’abord tel que nous le con­cevons, cette con­cep­tion étant à l’o­rig­ine de nos pen­sées et celles-ci de nos actes, il faut admet­tre que l’ex­térieur est une expres­sion de l’in­térieur. Nous voici donc revenus à la philoso­phie her­mé­tique des rap­ports entre micro­cosme et macrocosme.

Fri-Art

A Fri-Art pour un ensem­ble de per­for­mances autour du cri. Tan­tôt dans la cour, devant le kiosque à bois­sons, tan­tôt dans la salle du rez où se suc­cè­dent les inter­venants: un con­férenci­er de l’ab­surde, une japon­aise dont la voix stri­dente atteint aux ultra­sons, un ingénieur qui dif­fuse des bass­es étudiées pour faire vibr­er la struc­ture de l’im­meu­ble. Cepen­dant, nous dis­cu­tons de con­ser­va­tion et de mémoire. Claude plaide pour l’écri­t­ure sur pier­res. J’ex­plique le fonc­tion­nement de l’archéolo­gie biblique et mon éton­nement devant l’in­ter­dic­tion de fouilles décidée par les autorités islamiques sur les lieux sacrés du Coran.
- Seules restent les idées, assure Claude.
Nous tombons d’ac­cord sur la fragilité sans précé­dent de notre sys­tème social.
De retour sur le Guintzet, j’ap­prends que les essais nucléaires dans le Paci­fique ont été inter­rom­pus car les explo­sions provo­quaient des pannes d’élec­tric­ité sur une aire géo­graphique allant de l’In­donésie à la Nouvelle-Zélande.

Salaud

Un salaud se tient près de la tombe. Si je bouge ou tente de fuir… Puis je vois que ce n’est pas une tombe mais une sim­ple pierre. Et pour­tant, l’homme est là, le salaud, et il menace.

Retour en Espagne.

Mon­frère a reçu le détail des étapes pour la tra­ver­sée des Pyrénées. Kilo­mètres, nom­bre de cols, dénivelés. Trois mille mètres posi­tif sur cer­tains tronçons. L’en­traîne­ment Krav Maga, course, vélo sta­tique ne suf­fi­ra pas. Déci­sion est prise de ren­forcer la pré­pa­ra­tion. Je trace un par­cours de 650 kilo­mètres sur cinq jours au départ de Madrid. Nous achetons des bil­lets d’avion pour dimanche. Nous roulerons autour de la cap­i­tale en pas­sant par Maderu­elo, Sasa­mon, Torde­sil­las et l’Escorial.

Demi-marathon

Demi-marathon de Courtepin par une chaleur étouf­fante. Lorsque nous prenons le départ à 10 heures, il fait trente degrés. Je me place der­rière le lièvre des 1h40 tout en sachant que je vais le per­dre de vue. Sur le pre­mier tiers du par­cours, j’ac­com­pa­gne le groupe des 1h45, mais quelques kilo­mètres avant l’ar­rivée, je suis dis­tancé par le groupe 1h50, quant à remon­ter, inutile d’y penser: je ne puis courir plus vite; de plus, con­traire­ment aux années précé­dentes, je renonce au sprint final. Avant de con­stater que la frus­tra­tion est la même pour tous les coureurs: la grille de classe­ment a pris en moyenne 6 min­utes par rap­port à 2014.

Espoir

Que faut-il espér­er? Que l’on puisse con­tin­uer d’espérer.

Somnifère

Enfin réus­si à dormir après une semaine ponc­tuée de dif­fi­cultés noc­turnes. Juste avant de me met­tre au lit, trois can­nettes de bière et deux ver­res de vod­ka. Le lende­main, j’é­tais un autre homme.

Hôtel

Après deux heures de con­ver­sa­tion, le résis­tant, alors que nous rac­com­pa­gnons Mon­père à sa voiture:
- Vous nous apporterez des oranges en prison!
Et Mon­père, qui sait de quoi il par­le:
- Oh, les oranges, ils vous les don­nent. La prison, en Suisse, c’est un hôtel deux étoiles.

Clefs

Au début de l’an­née, Aplo perd une des clefs de l’ap­parte­ment. Une pre­mière clef ayant dis­parue, il en reste donc deux. Or, la semaine, nous sommes trois. Je garde la mienne, Gala et Aplo échangent la leur. Puis Gala, à son habi­tude, dis­paraît et les choses s’arrangent. Mais voilà que le mois dernier Aplo va au ciné­ma et perd la sec­onde clef . Je m’én­erve. Com­ment est-ce pos­si­ble? Elle était attachée à une chaîne, il la por­tait autour du cou! Pen­dant que jouait le film il l’a  posée sur l’ac­coudoir. Je le ren­voie au ciné­ma. La salle est fer­mée. Le lende­main, il se pré­cip­ite. Et revient bre­douille. Nous n’avons donc plus qu’une clef. J’ap­pelle la régie. Une dame me ras­sure: ce que nous avons dit à votre femme lorsqu’elle est venue réclamer des dou­bles est faux, vous n’au­rez pas à rem­plac­er la ser­rure, nous pou­vons faire des copies. D’abord soulagé, je vois ensuite de quoi il en retourne: la régie va me faire pay­er deux clefs de rem­place­ment puis à terme, mais, pré­cise la dame, au plus tard lors de la remise de l’ap­parte­ment, il nous fau­dra tout chang­er et cela vous coûtera Fr. 450.- N’est-ce pas fan­tas­tique? Un gosse père une clef et la régie vous réclame Fr. 450.-? Mais il y a pire. Une autre dame, celle-là pincée, à la lim­ite de l’ar­ro­gance, m’ex­plique:
- Si nous com­man­dons des dou­bles, vous les aurez dans quinze jours, en revanche, pour le change­ment de ser­rure, il faut compter un gros mois.
Une semaine passe. Je prends con­tact avec l’as­sur­ance respon­s­abil­ité civile d’Ap­lo. Celle-ci annonce qu’elle pren­dra con­tact avec la régie. J’ap­pelle la régie. A‑t-elle eu con­tact avec l’as­sur­ance? Non. Quelques jours plus tard, l’as­sur­ance appelle: elle n’a pas réus­si à join­dre la régie. Je m’én­erve. La dame de l’as­sur­ance pré­cise: nous avons joint la régie, mais elle dit ne pas vous con­naître. Au bout du compte, il appa­raît que l’as­sureur a men­tion­né une autre adresse que mon adresse actuelle. Décidé à en finir, je rap­pelle la régie.
- Nous sommes dans l’ur­gence! Un mois, c’est impos­si­ble!
De plus, arrivent début juil­let six Andalous à qui j’ai prêté l’ap­parte­ment. Je ne peux tout de même pas leur remet­tre une seule clef!
La dame de la régie, inflex­i­ble:
- C’est comme ça!
- Et d’abord, où est-il écrit que le locataire qui perd une clef doit s’ac­quit­ter de la somme que vous exigez!
- Vous avez d’autres ques­tions? demande la dame tou­jours aus­si pincée.
- Non, j’ai trou­vé la solu­tion: restez devant le télé­phone, je vous rap­pelle dans trente sec­on­des.
Et je rap­pelle. Mais la dame a branché le répon­deur. J’en­voie donc un mail: “je viens de per­dre la dernière clef, l’ap­parte­ment est ouvert et je pars au tra­vail, vous serez tenus respon­s­ables de toute vol qui pour­rait avoir lieu”.
Là-dessus, je dîne dans un des bons restau­rants de la ville avec Mon­frère et Aplo. Quand celui-ci part pour l’é­cole, nous allons au stand de tir. Je pré­pare l’arme quand mon portable sonne. C’est un ser­ruri­er. Je le prie d’at­ten­dre 15h30, le temps qu’Ap­lo ren­tre de l’é­cole. Il lui ouvri­ra.
- Ah, vous avez tout de même une clef?
- Oui… Je crois.
- Parce qu’autrement, il faut chang­er tout le plan de fer­me­ture.
- Le quoi? Écoutez, venez à 16heures, pour être sûr.
Aus­sitôt, je fais un mes­sage à Aplo. Puis je le sonne. Il ne répond pas. Je con­sulte ma mon­tre. Il est sor­ti de l’é­cole depuis un quart d’heure et tou­jours rien. Je décom­mande le ser­ruri­er. Mon­frère part courir. Je roule en direc­tion de Romont où se tient une con­férence sur la cul­ture. Je ne veux pas  y aller. Je le dois. En effet, l’un des inter­venants est Daniel Rosse­lat, le maire de Nyon et je veux lui deman­der d’in­staller un réseau d’af­fichage dans ses murs. Tra­jet en voiture, entre les blés, dans la chaleur. Je me représente ces deux heures de con­férence. Cet ennui. De plus, à la fin de la séance des ques­tions, l’o­ra­teur sera très sol­lic­ité, il me fau­dra jouer des coudes pour l’at­tein­dre, retenir son atten­tion, lui dire ma phrase. Et Gala qui vient de me quit­ter. Et cette mau­dite clef pour laque­lle on me demande Fr. 450.- Aplo va m’en­ten­dre! J’oc­cupe la dernière place de sta­tion­nement libre. La con­férence fait le plein. Une hôtesse me remet un auto­col­lant por­tant mon nom et ma dis­tinc­tion. A coller sur la poitrine. Je me glisse entre les par­tic­i­pants, passe devant le buf­fet, gagne la salle, quand j’aperçois sur la scène un homme: ça doit être lui. Je descends les gradins. C’est bien lui, Daniel Rosse­lat. Je salue la dame avec qui il s’en­tre­tient et lui tourne le dos de façon à ce qu’elle ne puisse plus rien dire. Je pose ma ques­tion. Le maire me donne sa carte, je lui donne la mienne. Je ressors, je monte en voiture, je reprends la route. Ravi d’échap­per à la con­férence. Et de retour dans l’ap­parte­ment, je vois qu’Ap­lo n’est tou­jours pas ren­tré. Il est six heures quand il appa­raît, l’air de rien.
- Donne ton ordi­na­teur! Donne ton télé­phone! Confisqués!