Le meilleur moyen de faire peur: avoir peur.
Canne
A cause de ce chien long, blanc et gros surgi des berges de la Dranse, j’ai repensé à la canne dont m’avait fait cadeau le concierge de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. D’un bois souple, travaillé dans l’eau et lentement durci, dont l’homme me disait: je l’ai choisi pour vous. Et voilà que je l’ai égarée. J’en parle à Aplo.
- Je sais où elle est. Accrochée à la poignée de porte de ton atelier de la maison de Lhôpital.
J’essaie de visualiser la canne. Si elle est bien là-bas, elle doit y être encore. D’un autre côté, si aucune des personnes qui c’est occupée du déménagement n’a cru bon d’emporter cette canne c’est parce qu’elle ressemble à une vulgaire branche de bois.
- Je crois qu’il est trop tard.
Alors Aplo, réellement désolé:
- C’est fou toutes ces choses qui ont disparues! Surtout après le déménagement de Gimbrède…
Empathie
Alors que mon unique souhait est d’augmenter l’empathie et de réduire la fracture, je réduis l’empathie et augmente la fracture. Mais comment ne pas verser sur sa pente? Comment, après des années de ratiocination a dégager des perspectives, bouleverser l’approche? Que peut-on espérer, lorsqu’on est à la fois le mouvement et le repère?
Fleur
J’observais que je ne sais pas, que je n’ai jamais su observer une fleur, sauf quand, réduit par l’épuisement à un état supérieur de communion, d’attention élargie, je tutoie toutes choses, m’adressant à elles comme si le monde, transposé en une scène de théâtre, tombait dans le registre général de la prosopopée.
Envahisseurs
Quand se résoudra-t-on, débiles que nous sommes, à nommer envahisseurs ceux que nous nommons immigrés? Lorsqu’ils marcheront sur nos ventres? Et qu’aurons-nous prouvé? Qu’une fois atteint un certain degré de civilisation, ceux qui en ont assuré l’essor n’ont plus qu’un hâte, se nier? Et pour mourir en pleine illusion, consacrer leurs dernières forces à pourfendre ceux qui, refusant l’abnégation des valeurs vitales, cherchent à établir la vérité par les faits?
Caverne
Hier soir, premier contact d’Aplo avec la philosophie. Il me parle d’ombres qui dansent sur un mur et d’hommes enchaînés qui prennent ces ombres pour la réalité. Le mythe de la caverne. J’apporte l’Atlas de philosophie et lui montre un dessin représentant l’allégorie.
- Ce livre fait ce qui ne peut se faire: représenter des concepts en images.