Coucher de soleil sur Ngam Kho Bay. Quoique peu friand de ce spectacle, j’admire. Le disque solaire plonge derrière un îlot volcanique émergeant des eaux. Arrivé à l’avance, un jeune touriste triture son pied télescopique à structure moléculaire, le dispose au sol, y visse sa Gopro, vérifie, lance le tournage. Il fait quelques pas, revient. A plat ventre dans le sable, il jette un œil dans le viseur puis, comme si l’événement était trop lent et ne remplissait pas son attente, il attrape un crabe et s’efforce de le faire passer dans le champ de la caméra.
Age d’or
L’âge d’or de l’Escorial? Sous Charles Quint. L’âge d’or de Borobudur? Au IXème siècle sous le règne su roi Samaratungga. Versailles? Louis XIV. Et ainsi de suite. Mais l’âge d’or d’un bâtiment quelconque? Une ferme, un castelet, une villa. Celui où son propriétaire et sa famille l’habitent. Le quartier d’une ville. Celui où ses habitants l’incarnent pleinement. Dans le cas du bien privé, coïncident en effet du vivant du propriétaire l’intention qui a donné figure au bâti et l’usage averti du lieu. Usage et intention, rapport pratique et projet symbolique, concordent alors pour tirer le meilleur parti de la réalisation matérielle obtenant cette situation entre toutes précieuses où la matière est déjà esprit.
Quo vadis? 2
Ce livre est assez médiocre et ennuyeux, et il n’a eu de succès qu’une fois son auteur exilé. Aujourd’hui, on entend crier de tous côtés : “Scandale! scandale!” Il est possible que Veiento ait imaginé certaines choses, mais moi qui connais la ville, nos patres et nos femmes, je t’assure qu’il n’y a là qu’une bien pâle image de la réalité. N’empêche que chacun y cherche: soi-même avec crainte, et ses amis avec malveillance.
Quo vadis? Henryk Sienkiewicz.
Echange
A Davos, vingt personne pour manifester contre le Forum dictatorial. A Zoug, me dit-on, une petite centaine, et cette banderole: “Ils envoient des armes, il arrive des réfugiés”. Au festival des caves de Besançon, en 2004, Guillaume Dujardin a monté ma Pièce en 14 actes avec final dans la fosse commune, Mille enfants meilleurs. En scène, deux paysans français, Marie et Dinand. Ils jettent une pomme contre un rideau. La pomme disparaît derrière le rideau. Un moment. Reviennent quatre pommes. Ils en jettent quatre, il en vient dix. Le couple de paysan jubile: fortune est faite! Scène suivante, le couple est entouré de réfugiés. Or, ce soir-là, après la première, dans une pizzeria, les acteurs me disaient: “nous n’avons rien compris à ta pièce!”