Au milieu de cinquante Mexicains hilares, sur le pont d’un bateau d’excursion qui affronte en musique, ce samedi, pendant quatre heures, de forts rouleaux. L’animateur joue du Karaoké, les familles accrochées au bastingage sautent en l’air au rythme des creux et hurlent, et chantent. Côté terre, des plages vierges, entre les deux des baleines grises.
Z.
Travis, le personnage homosexuel de mon livre Fordetroit, apprenant mon départ pour le Mexique a dit : “ma soeur vit à Zipolite”. J’ignorais que cette plage se trouvait à une encâblure de Puerto Ángel. Nous y sommes allés ce soir. De vieux Américains promènent leur sexe bagué en fixant l’horizon, des lesbiennes à cheveux bleus roulent des patins, les Mexicains regardent ou imitent, “et cela, déclare notre chauffeur, ce sont les préparatifs pour le festival de la nudité”.
Puerto Ángel 2
Etrange sensation à la pensée que l’Allemand chez qui j’ai logé en hamac pendant une semaine, avec l’écrivain O.T., il y a de cela quarante ans, l’Allemand qui venait de s’établir, prendre une épouse indienne et menait à bien le chantier de construction de sa future la Guest house est mort depuis longtemps.
Deux temps
Trois jours que nous prenons le petit-déjeuner dans le même établissement du marché couvert. Maintenant que nos sacs sont chargés dans le colectivo pour Puerto Escondido, que le chauffeur démarre, le garçon du Zasayam appelle par téléphone, explique que le premier jour il a eu un problème avec son terminal, que la carte de crédit n’a pas fonctionné, que ce serait bien si nous pouvions passer le payer (il y a seulement dix minutes, nous étions devant lui).
Oaxaca
Le long de la route en crémaillère qui conduit à Monte Alban, un panneau vante les services que propose le bidonville accroché à la montagne, entre autres : chamanisme toltèque, dialogue avec les anges, sexothérapie libre et cet extraordinaire « réflexion T.V. ». Notre bus est bleu. Sans fenêtres. A bord quelques touristes européens et une famille mexicaine. La dernière fois que je suis venu sur le site zapotèque, j’avais dix-huit ans. L’écrivain O.T. arrivait de New-York, nous faisions escale à Oaxaca avant de rejoindre Puerto Ángel sur le Pacifique. C’est le même programme que j’ai choisi pour Aplo. Puis une descente en direction du Guatemala. Du haut des pyramides, nous regardons la ville. Depuis quarante ans, elle n’a pas beaucoup changé. Tapis de construction inachevées qui pointent leurs fers tordus vers le ciel. Chaos tranquille. Image des agglomérations mexicaines dès que l’on quitte les quartiers bâtis par les Espagnols ou les pôles de commerce inspirés des Etats-Unis. En soirée, bière et rhum dans une cantina et achat d’un nouveau portable (le mien clignote et s’éteint, et se rallume). Au vendeur, je dis : « je vous le prends à condition que vous transfériez tout le contenu de mon ancien appareil ». Mal m’en prend : quelques heures après la manipulation, mes comptes son inaccessibles, mes photos tombées dans un trou noir, mes codes volatilisés enfin je m’aperçois que le vendeur, distrait, à gardé mon chariot de cartes SIM.