Ma vie est enthousiasmante; il ne s’y passe presque rien. A Fribourg déjà, je cherchais à atteindre cet état, mais la société suisse s’y prête mal: qui se met en retrait est bientôt rattrapé, qui insiste est puni. Et que deviennent les journées sous ce grand soleil? Je lis, je me promène sur la terrasse, je mange au restaurant avec les ouvriers, je mets mes bières au frais le matin que je bois le soir. Six heures par semaine, j’apprends le combat. Autour de moi des gens clames et serviables, et surtout, indifférents. Conquête supérieure, je ne suis le jouet d’aucune administration. Dans ces circonstances, on réalise à quel point les fonctionnaires sont des agents de cauchemar. Pour le reste, les oiseaux volent bas, la mer est bleue, la plage est déserte et je n’ai plus de voiture. A portée de main, j’ai une charcuterie, un maraîcher et un four à pain. Le samedi, près des maisons des pêcheurs, une dame fait du riz aux crustacés , une autre coud. Dans le village voisin, il y a un cordonnier. Les Chinois vendent du papier et des stylos et tout ce qu’on peut imaginer. je dors et je me réveille quand cela convient. J’écris de même.
Environnement-machines
Dans l’environnement quotidien des Espagnols, peu de machines. J’habite un faubourg ; à la ville, l’automatisation est-elle plus importante ? A peine. Cela tient aux dimensions du territoire et à l’ascendance fasciste du régime : le peuple était mis à contribution. En Suisse, c’est le contraire. Je veux prendre le train à Châtillens, je trouve une gare fermée, placardée d’avertissements et de conseils de méthode. Sur le quai, deux machines. Étant donné le nombre d’options de voyages disponibles, la procédure est complexe : on aimerait négocier la transaction au marteau plutôt qu’avec une carte de banque.